Plongée graphique dans l’esthétique rave des années 90
Les années 90 ont vu émerger une culture underground vibrante, radicale et éphémère : celle des raves. Au cœur de cette effervescence sonore et sociale, le flyer s’impose comme un objet visuel singulier, à la croisée du manifeste et du mystère. Flyers phosphorescents, collages psychédéliques, typographies acides, motifs futuristes, détournements de l’imagerie technoïde : le graphisme des raves des années 90 incarne toute une contre-culture visuelle, audacieuse et subversive.
Conférence du 26 septembre 2025
bibliothèque municipale de Lyon
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Bonsoir, je me présente, je suis Cyrille Michaud, je suis responsable du département musique ici à la bibliothèque de la Pardieu
et un des quatre commissaires de l'exposition entre rêve et réalité qui a lieu en ce moment à la galerie juste à côté jusqu'au 31 octobre.
Je suis donc très content de vous accueillir pour cette rencontre ce soir qui est en gros la troisième rencontre de la semaine en lien avec l'expo
après l'histoire des rêves avec Manu le Malin, Electric Rescue, Mercredi, l'écoute de l'album de Hautec Amber avec Olivier Lame.
Ce soir, on traite un autre aspect de l'histoire des rêves, c'est les flyers et le graphisme des flyers
avec comme invité Julia Van Dorp, directrice artistique freelance qui a fait un travail de recherche sur les flyers de rêves anglaises
et Mélina Maclouf et Romain Guillaume qui sont les graphistes qui ont travaillé sur notre propre exposition.
C'est à vous maintenant.
Bonjour à tous et à toutes.
Merci d'être aussi présent, enfin de venir aussi présent ce soir.
Du coup, je pense que pour commencer, Julia, déjà merci d'être venue.
On est très content de pouvoir discuter de ces questions-là avec toi.
J'ai découvert ton travail personnellement en étant étudiante moi-même au Beaux-Arts
et en travaillant sur les questions, sur ces questions de rêve.
Donc du coup, voilà, je pense que pour vous dire un peu aujourd'hui,
enfin ce soir, on aimerait bien croiser un peu nos regards de graphistes chacun, chacune
et puis que ce soit plutôt une discussion assez ouverte.
Donc déjà, pour commencer, je voudrais qu'on parle un peu de ton travail de diplôme.
Donc vous avez la photo ici derrière vous et que tu nous parles un peu de ce projet d'Extract.
Qu'est-ce que c'est que ce livre ? Pourquoi tu l'as fait ? Dans quel contexte ?
Bonjour à tous.
Déjà, merci beaucoup à la bibliothèque de m'inviter.
Merci à vous d'avoir découvert mon travail pendant vos études.
Comment commencer ?
J'ai très vite fait des études comme toi aussi de graphisme
et au travers de mes études, je me suis beaucoup intéressée à la communication de la musique en général.
Mais très vite, en fait, je me suis, étant moi-même une grande fêtarde,
je me suis très vite penchée sur l'histoire de la communication des soirées électroniques, de musique électronique.
Et du coup, j'ai écrit un mémoire au cours de mes études aux arts décoratifs de Strasbourg
sur la communication des musiques électroniques et plus particulièrement la communication des rave parties.
Et du coup, j'ai commencé un travail de recherche à travers ce mémoire
sur toute l'évolution avec les évolutions technologiques de la fin des années 80 jusqu'à aujourd'hui,
de comment les avancées technologiques ont permis et ont fait évoluer l'esthétique de cette communication.
Et donc, à travers ce mémoire, je me suis intéressée d'abord aux flyers
qui sont finalement les premiers éléments de communication de musique électronique
et surtout d'événements, je veux dire.
Et après, au travers de mon mémoire, je me suis intéressée du coup après à la communication via le Minitel,
via Internet, via les MMS et aujourd'hui via les réseaux sociaux.
Et donc, après ce mémoire sur la communication de rave parties,
je me suis procurée du coup à travers ce mémoire une collection à travers eBay.
Je suis allée fouiller sur eBay pour aller trouver des flyers à droite, à gauche
parce qu'étant graphiste, je n'avais pas envie de regarder les flyers que sur Internet.
J'avais envie de les manipuler pour voir les formats, pour voir les papiers,
pour voir les qualités d'impression, pour voir vraiment plus en détail l'objet.
Donc, je suis allée acheter sur eBay une collection de plusieurs centaines de flyers,
je n'ai pas le nombre exact.
Et à travers ces flyers, j'ai vraiment eu cette fascination.
En les ayant vraiment en main, c'est là que je me suis dit,
il y a un vrai travail à faire dessus.
Et c'est là où je me suis dit, j'ai envie d'en faire un livre.
Donc, c'est mon projet de diplôme, mais c'est aussi un projet que j'aurais fait de toute manière
sans le diplôme, je pense, sur ces flyers.
Et mon idée, c'était vraiment de mettre en avant un moyen de communication
qui est finalement, dans nos études de graphisme, je pense qu'on est tous les trois d'accord,
très peu mis en avant et absolument pas évoqués dans l'histoire du graphisme.
Et du coup, ce livre, c'est un peu pour moi un moyen de mettre en avant
ce travail qui a été fait par les graphistes à l'époque.
Voilà.
Alors moi, je voudrais revenir un peu sur le procédé de ta création.
En fait, on sait que tu parles des graphistes et de cette notion un peu d'archives
qui est très présente dans le travail des graphistes de manière générale.
Mais souvent, on voit plutôt des catalogues résonner, en fait,
des livres qui vont présenter des flyers, mais qui ne vont pas forcément
appliquer de gestes par-dessus.
Ça va être vraiment un but très d'archives.
Mais du coup, dans ce travail-là, il y a un peu plus un travail de création.
En tout cas, tu as utilisé un procédé assez intéressant où tu as voulu les classifier.
Du coup, est-ce que tu pourrais nous parler un peu plus du protocole
que tu as utilisé avec ces flyers ?
Oui.
Alors, c'est vrai qu'il y avait déjà...
Enfin, j'ai fait ce projet, je l'ai commencé en 2020, il me semble.
Et il y avait déjà pas mal d'éditions, comme tu dis, de livres qui avaient été faits,
mais vraiment le flyer mis sur un fond noir de manière très distanciée,
vraiment pour montrer l'objet sans forcément dire quelque chose de plus.
Et c'est vrai que moi, à travers mon projet, je voulais faire un objet
qui était beaucoup plus de l'ordre d'un catalogue d'études
et vraiment essayer de classifier, d'analyser plus en profondeur les objets
et d'en faire une espèce de répertoire graphique qui soit aussi, en quelque sorte, un catalogue
qui pourrait servir aux graphistes d'aujourd'hui pour aller se dire
« Ah, trop cool, je vais aller chercher toutes les cartes qui ont été... »
Parce que j'ai un chapitre « Carte », un chapitre « Illustration », « Logos », « Photographie », « Symboles » et « Typographie ».
Et c'est vrai que des catalogues comme ça, d'images visuels,
enfin d'images et d'éléments visuels en tant que graphiste,
c'est des choses qu'on adore parce qu'on va aller fouiller,
on va aller piocher, on va aller s'inspirer.
Et du coup, pour moi, c'était vraiment un moyen de faire un livre
qui n'est pas juste le flyer, qui est d'aller le décortiquer,
d'aller essayer de le comprendre d'un point de vue graphiste.
C'est ça qui est intéressant, quand tu montes là, par exemple, la trame,
plein de choses qui se révèlent en zoomant également dans l'objet.
Tu fais avec cet inventaire également une sorte d'étude
qui permet de mettre en avant certains caractères qui vont se démarquer.
Je ne sais pas si tu peux en parler de tout ça,
de ces formes récurrentes, à la fois typographiques,
mais peut-être des fois plus en termes de visuel ou en termes de langage.
Je sais qu'il y a le slogan qui revient souvent.
Il y a également le détournement, qu'on appelle le bootleg,
la pratique du bootlegging, du coup.
Encore moultes choses que je ne mentionne pas là,
mais les couleurs, les manières aussi d'impression,
les techniques d'impression.
Oui, pour moi, c'était vraiment un moyen d'aller essayer de trouver
s'il y a des ponts, s'il y a des éléments qui sont récurrents,
des éléments qui sortent un peu de la masse.
Après, encore une fois, le panel que j'ai de flyers dans ce livre-là,
il n'est représentatif que d'une collection.
Il n'est pas forcément représentatif de tout ce qui s'est fait à cette époque,
sachant qu'en plus, je ne sais pas si je l'ai précisé,
mais dans mon livre, ce n'est que des flyers de rêve anglaises.
Je crois qu'on ne l'avait pas dit.
Et c'est surtout Londres, parce que le collectionneur venait de Londres.
Et du coup, c'est vrai que c'est...
Je trouve qu'il y a beaucoup de choses qui se rejoignent,
notamment parce que c'est la même scène.
C'est une scène qui correspond beaucoup à la musique électronique de Londres
à cette époque-là.
Et qui, du coup, je trouve qu'il y a beaucoup de ponts.
C'est vrai que quand on feuillette les pages du livre,
on se rend compte qu'il y a quand même beaucoup d'éléments qui reviennent,
beaucoup de typos qui sont un peu similaires,
beaucoup d'usages de trames, d'usages de couleurs
qui sont finalement assez similaires.
Et en même temps, il y a aussi une énorme diversité.
Donc, du coup, là, tu parles aussi des premiers flyers
qui sont apparus à Londres
et qui sont destinés aussi aux premières rêves
qui sont nées là-bas à cette époque.
Est-ce que tu peux nous parler un peu plus globalement
du contexte dans lequel sont nées ces rêves
et nous dire aussi sous quelle forme sont apparus ces premiers flyers ?
Alors, du coup, pendant mon mémoire,
j'ai beaucoup étudié cette question
de déjà l'émergence des rêves
et le contexte sociopolitique de l'apparence des rêves,
notamment en Angleterre,
parce qu'encore une fois, c'est le sujet que j'ai le plus étudié.
Évidemment, en fonction des scènes et des pays,
il y a des différences,
et pas toujours, mais il y a quand même pas mal de différences.
Mais c'est vrai que le contexte sociopolitique,
il est hyper important.
Je pense que déjà, dans les mouvements
qui ont influencé la rêve
et dans les moyens de communication
qui y sont rattachés,
je pense à la House de Chicago,
je pense à la Techno de Détroit,
c'est quand même des mouvements musicaux
qui sont arrivés à un contexte sociopolitique
qui était hyper particulier,
avec beaucoup de répression,
avec une désindustrialisation.
Et je pense que, visuellement, dans les flyers,
il y avait déjà des choses qui s'en découlaient.
Et du coup, toutes ces influences
qui sont Techno Détroit, House de Chicago
et après Rock en Angleterre,
je pense qu'il y a déjà beaucoup de pompes
qui se font visuellement et d'influence.
Mais en fait, oui, la rave en Angleterre,
quand ça a apparu,
c'était vraiment pendant le gouvernement de Thatcher,
où il y avait une énorme répression des fêtes.
Et en fait, le flyer, il est arrivé à un moment
où c'était une manière de communiquer discrète
qui a permis à ces soirées
de se faire de manière clandestine
et en étant cachée.
Donc le flyer, il est vraiment arrivé
presque comme un geste militant,
sachant que le flyer,
c'est aussi dans l'histoire du flyer
un objet militant.
Je pense que c'est arrivé à un moment
où, oui, l'objet était parfait pour communiquer,
sachant que déjà, en termes de coûts de production,
c'était beaucoup moins cher
que de faire des affiches de type concert, etc.
Et aussi, pour le moyen de distribution
qui est du coup, beaucoup plus de main en main,
beaucoup plus avec une...
On pouvait vraiment sélectionner son public,
faire un système de happy view,
de faire en sorte que les gens...
Enfin, que ça ne tombe pas dans les mains
des autorités, quoi.
Comment étaient imprimés, diffusés ces flyers
qui étaient les auteurs aussi derrière ?
Est-ce que c'était des graphistes ?
Est-ce que c'était des membres de collectifs ?
Enfin, voilà.
Si tu peux peut-être...
Alors, c'était tout à fait des membres de collectifs
pour la plupart.
Après, c'est vrai que c'est assez compliqué.
Dans mon travail de recherche,
j'ai beaucoup essayé de trouver
qui étaient les auteurs des flyers.
Et en fait, c'était très rare
que ça soit mentionné.
Déjà, pour une question de...
Enfin, je pense qu'ils n'avaient pas trop envie
qu'on savait ce qu'ils étaient
s'ils se faisaient choper.
Mais je pense que...
En fait, ce que je trouve qu'on revoit beaucoup
dans les flyers de rêve de cette époque,
c'est qu'on sent que les graphistes,
ils étaient hyper impliqués dans le mouvement
parce qu'ils faisaient partie des collectifs
et parce qu'ils étaient...
Ils étaient eux-mêmes sensibles à la cause,
ils étaient sensibles à l'imagerie qui s'en découle,
ils étaient sensibles à la culture.
Et je pense que c'est pour ça que,
visuellement, c'est hyper emblématique
de cette époque
et hyper emblématique
même de ce style musical
parce que c'est des gens
qui savaient très bien de quoi ils parlaient.
Ce n'étaient pas des graphistes
qui étaient juste embauchés pour une commande
et qui, le lendemain,
allaient bosser pour Nestlé ou je ne sais pas.
Et puis, j'imagine qu'il y a une économie,
j'imagine, derrière ça,
qui ne doit pas non plus hyper énorme
pour les graphistes, pour les rémunérés.
Et c'est un peu comme aujourd'hui
où tu continues à faire des affiches
pour des concerts
parce que tu fais partie de cette communauté.
Du coup, tu acceptes aussi, des fois,
de faire des trucs cassés
qui sont irréalistes
par rapport à une commande, disons, plus classique.
Oui.
Je pense qu'à l'époque,
je pense que le budget était zéro.
pour le coup, pour les graphistes,
je pense qu'il y avait un...
Enfin, je pense qu'ils se sont rémunérés
à travers le collectif d'une certaine manière,
mais je pense que ce n'était pas du tout
comme on l'imagine
sur les rêves qui existent aujourd'hui
ou sur les événements de plus grosse échelle.
Je parle vraiment des premiers rêves
en début 90
où l'idée, c'était vraiment
de faire des flyers avec peu de moyens.
Et je pense que le budget graphiste,
ce n'était pas priorité.
Et justement, par rapport à ça,
ça me fait penser que
dans Techno & Co,
où tu as écrit un article
sur justement les méga-raves.
Donc, c'est une période
qui arrivait un peu après
le début des fêtes,
des premières raves en Angleterre
qui étaient plutôt illégales
et clandestines.
Il y a eu un gap qui s'est passé
à partir de à peu près 94-95
où il y a eu des plus grosses raves
qui sont apparues.
Et là, tu parles aussi d'un moment
où il y a eu un début de signature.
On pouvait trouver des signatures
sur les flyers
où les graphistes mettaient leur nom
et ce n'était jamais apparu avant.
Et je pense que nous,
par rapport à l'expo
sur laquelle on a travaillé,
donc entre Rave et Réalité
avec Romain,
on a eu la chance aussi
de rencontrer des graphistes
de l'époque,
qui par exemple,
Denis Choblet,
qui a fait toute l'identité
de l'hypnotique
avec ses bandes jaunes et noires
que vous avez pu voir
dans l'expo.
Et là, on sent que du coup,
il y a une pratique.
Donc, je pense que lui,
c'était aussi une personne
qui était dans ce mouvement.
et à un moment
où la pratique amateur,
elle s'est peut-être
professionnalisée
à partir du moment
où aussi ses raves
se sont grossis,
ont pris de l'ampleur
et sont devenus
peut-être un peu plus commerciales.
Oui, je pense,
en fait,
ça dépend vraiment
finalement des moyens
qui sont mis en place
financiers,
dans le sens où
pour les méga raves,
justement,
où c'est des événements
avec plusieurs dizaines
de milliers de personnes.
Il y a, si tu veux,
il y a une affiche
assez problématique
dans les années,
je crois que c'est 93,
dans la banlieue de Londres.
Énorme.
UK Fly.
Oui, c'est ça.
Est-ce qu'on peut dire
aussi comment on distingue
un méga rave de rave ?
Les méga raves,
c'est du coup...
C'est des énormes raves
organisées.
Souvent, il y a des sponsors.
En fait,
ça m'a beaucoup intéressée
du coup dans l'article
que j'ai écrit
dans le livre Techno Encore.
L'idée,
c'est que j'avais fait
tout mon mémoire
sur la communication
de petits événements,
de happy few,
d'essayer de faire
des communications
un peu underground,
cachées, etc.
Et là, tout à coup,
je découvre
un autre pan
de cette culture rave
qui est faire
des affiches
parce que là,
du coup,
ça reste des flyers
mais c'est un format
qui est beaucoup plus grand.
La plupart des flyers
que j'ai étudiés
dans le début des raves,
c'est plutôt des formats
A5,
voire encore plus petits,
A6.
Là,
sur les flyers
de méga rave,
c'est tout de suite
des formats A4,
voire A3,
pliables, etc.
Avec un maximum
de couleurs,
avec l'utilisation
de la 3D,
de trucs un peu...
Bon là,
c'était encore du dessin
mais en fait,
c'est forcément
des événements
qui ont plus de moyens
et qui du coup
permettent
de faire intervenir
des graphistes
qui ont un coût
plus conséquent
et qui du coup
ont envie
de mettre leur nom
sur les flyers
et de signer
leurs flyers.
Il y a un graphiste
assez connu,
illustrateur à Londres
qui s'appelle Pez
et qui en fait,
il y en avait beaucoup
d'ailleurs à cette époque
qui étaient aussi
graffeurs.
Et en fait,
lui,
ils sont venus le chercher
parce qu'il faisait
des graphes
pendant les soirées
sur les murs
pour la Céno,
etc.
Et au final,
il a commencé
à faire les flyers
et lui,
il est devenu super connu
et du coup,
c'est vraiment
l'esthétique
du gros flyer
avec des têtes
qui explosent
et des trucs
un peu chelous
genre des explosions
dans tous les sens
et ça,
c'est vraiment
l'influence
de ce graphiste
en particulier,
Pez,
qui a créé
lui-même
une esthétique
par la suite
et qui lui
signait
tous ses flyers.
Mais ça,
c'était du coup
des événements
qui étaient plutôt légaux
dans le sens
où il y avait
plus de moyens
mis en place,
etc.
C'est ça,
je pense que
la grande différence
entre Extract
qui du coup,
même si c'est une collection
qui date
d'une décennie complète,
c'est ça,
des années 90,
on sent quand même
dans ce livre
qu'il y a beaucoup plus
de noir et blanc,
on sent un côté
un peu plus
do-it-yourself
inspiré du punk
des années 80
et un côté
beaucoup plus manuel
de photocopie,
etc.
Que là,
par exemple,
dans l'expo
sur laquelle
on a travaillé
avec Romain,
on était déjà
plus dans une
dans ce genre
d'imagerie-là
où on sentait
qu'il y avait déjà
un début de la 3D
naissante,
début d'Internet.
Plus de création
à proprement parler,
je parle juste
du côté illustratif,
visuel
qui accompagne le texte,
mais à cet endroit-là,
il y a vraiment
une création
qui est faite
en lien,
je pense,
du coup,
avec l'apparition
de tout ce qui est
les logiciels.
et toi,
du coup,
dans cette collection,
c'était plutôt
de la 2D,
il y avait plus
un truc
de bout de caractère,
par exemple,
des caractères en bois.
Oui,
en fait,
je pense que
les flyers
que j'ai étudiés
dans ce livre,
c'est vraiment plus
l'influence punk,
comme vous disiez,
et je pense que aussi,
c'est une différence,
je pense qu'on aura
l'occasion de reparler,
mais entre les flyers
français et anglais,
je pense que
les flyers anglais,
il y a beaucoup plus
l'influence du punk,
notamment aussi
parce que le punk
était beaucoup plus présent
sur la scène anglaise
et je pense que,
oui,
c'est le dernier mouvement
de contre-culture
en Angleterre
qui concerne les jeunes,
qui est aussi
l'idée de se réapproprier
une scène,
l'idée de se réapproprier
une culture,
l'idée du post-modernisme
visuel,
les flyers et les affiches
de punk,
c'est hyper déconstruit,
c'est le refus de la grille,
le refus de plein de choses
qui, du coup,
je pense,
se voient beaucoup plus
dans les premiers flyers
de rave anglaise
que dans les flyers français
qui ont, je pense,
une liberté
qui est un peu différente,
finalement.
Mais oui,
je pense qu'il y a
une grosse évolution
avec les moyens techniques
qui est que,
à l'apparition,
fin 90,
de tout ce qui est 3D
et tout,
ça a complètement chamboulé
l'esthétique
des flyers,
carrément.
Justement,
en parlant d'esthétique,
c'était un peu le sujet
de notre prochaine partie,
on va dire.
Je pense que ce qui est
quand même commun
entre Extract
et les flyers
sur lesquels on a travaillé,
c'est l'iconographie rave.
Donc ça,
c'est surtout un sujet
que tu as approfondi
dans ton travail de mémoire.
Tu as beaucoup essayé
d'expliquer
ou de donner une définition
à un style rave.
Et tu as vu
qu'il y avait peut-être
un peu deux écoles
entre des auteurs
et des écrivains,
des graphistes aussi
qui parlent
d'un style propre
à la rave.
Et toi,
tu as essayé plutôt aussi
de donner une définition
peut-être plus personnelle
et tu considères peut-être
le style rave
comme une constellation
de références,
quelque chose
qui est emprunté
de plusieurs styles
d'iconographie
qui sont présents,
etc.
Et c'est plutôt
une question d'attitude
selon toi
qui définit
le style rave.
Comment tu définirais
ce style rave ?
Grande question
qui m'a pris
plus d'un an
à répondre
et du coup,
je n'ai pas de réponse.
Non.
En fait,
pendant toute ma recherche
de mémoire,
je suis quelqu'un
de très pragmatique
donc j'avais très envie
de finir
avec une phrase
qui disait
le style rave,
c'est ça.
Et en fait,
conclusion,
il n'y a pas vraiment
un style rave
pour tout le moins.
Il y en a vraiment
des milliers.
Ça dépend des collectifs,
ça dépend du style de musique,
ça dépend de la ville,
du pays,
ça dépend de plein de choses,
ça dépend du graphiste.
Et en fait,
je pense que
ce que j'ai plus essayé
d'analyser
dans ma recherche,
c'est d'essayer
de voir les ponts
et de voir les similitudes
qu'il y a.
Et c'est vrai que du coup,
il y a quand même
plein d'éléments
qui font
les styles raves
en particulier
qui sont,
je pense,
une attitude
qui est de la désinvolture
et le côté
on manipule les images
comme on veut,
on essaie vraiment
de se...
Il y a une espèce
de désinvolture,
de se dire
on peut utiliser
tout n'importe comment,
c'est un peu à l'image
du mix et du sample
dans la musique électronique.
Et à ce côté,
on peut enverinter à tout
et il n'y a pas de limite.
Et en fait,
on va juste s'amuser
à créer des flyers
qui nous amusent
à les faire,
et je pense que
il y a quand même,
même s'il y a une liberté
et une profusion folle,
je pense qu'il y a
quand même des ponts
et c'est ce que du coup
j'essaye de dire
un peu dans mon mémoire,
c'est qu'il y a
des grands mouvements
quand même
qui sont à répertorier.
Je pense notamment
à toute l'imagerie
qui sort de la science-fiction.
En fait,
quand même,
les graphistes
qui ont fait les flyers,
ils sont nés
dans les années
70-80
et en fait,
ou avant,
il n'y avait pas forcément
que des super-jeux
et en fait,
c'est des gens
qui ont été bercés
par l'imagerie
de Dune,
par l'imagerie
de Star Wars,
par l'imagerie
de plein de films
de la culture populaire
qui ont fait que,
par exemple,
la science-fiction,
c'est quelque chose
qui est hyper récurrent
dans les flyers de rave.
Il y a ça,
il y a aussi l'imagerie
de l'espace en général.
Plus je pense
pour la dimension,
on s'élève dans l'espace
quand on va en soirée,
on va dans des...
On s'élève,
on sort de la planète Terre
et on va faire
une aventure cosmique.
D'ailleurs,
aventure cosmique,
c'est souvent un slogan
qui est mis sur les flyers
à cette époque.
Il y a ça,
il y a aussi beaucoup
l'imagerie religieuse
qui ressort.
L'imagerie religieuse,
je pense,
c'est indissociable
du mouvement
parce qu'il y a ce côté
se retrouver,
communier ensemble,
vivre un événement
qui est une espèce
d'élévation de soi.
Je pense que ça,
c'est un thème
qui revient vraiment
visuellement,
l'imagerie religieuse.
Je pense que ça aussi,
il s'en joue
parce que souvent,
il s'en moque un peu aussi.
Il y a les références.
Du coup,
c'est en pleine période
post-New Age
qui est encore très présent,
qui a marqué beaucoup
la littérature aussi
de cette époque-là.
On a...
Je parle hyper loin
de mon micro,
désolé.
Il y a tout ce qui est,
je pense,
aux Petites Planètes,
la revue Petites Planètes
qui a tout cette part
d'ésotérisme
et d'encyclopédie,
d'images
qui sont ensuite
réutilisés
par les graphistes.
On a également
des maisons d'édition
comme J'ai lu
qui font,
je ne sais plus
comment elle s'appelle,
cette collection
de livres rouges.
Pareil,
autour de l'ésotérisme,
de mysticisme,
mélangé à des choses
des fois plus raisonnées.
Oui, ça,
ça revient beaucoup.
La collection Fleuve Noir.
Oui, exactement.
Je pense que
toute cette question
de l'élévation de soi,
c'est quelque chose
qui est,
en tout cas,
dans l'imagerie
des flyers,
quelque chose
qui revient beaucoup.
Et je pense aussi,
comme tu dis,
c'est une époque
où visuellement,
c'était ultra présent,
je pense,
dans la culture populaire,
dans les livres,
dans le cinéma,
dans l'art en général.
Parce qu'on voit les jeux vidéo
également,
la bande dessinée,
Metal Hurlant,
c'est un tout petit peu avant,
des revues comme Actuel,
comme le Fanzine Oz,
ça baigne déjà,
il y a un terrain
très propice
à la naissance
de cette esthétique rave.
Exactement.
Oui, je pense,
en fait,
c'est ça aussi,
c'est pour ça
que j'ai un peu de mal
à définir le style rave.
Je pense qu'en fait,
c'est juste une capsule
d'une époque
où il y avait
plein de styles différents.
Et je pense,
ils se sont amusés
à utiliser tous ces styles
de manière assez libre
pour en faire quelque chose
de foisonnant
et sans limite.
Un melting pot
des années 90.
Un peu à la mer d'Internet
après qui arrivera
et qui...
Il y a des similitudes
entre, je trouve,
l'esthétique
des buts Internet
et celle des flyers
de rave des années 90.
Oui, oui.
Je pense qu'il y a
vraiment cette liberté.
Et là,
je pense par exemple
à un dossier
où on a pris
un peu de manière
aléatoire
une dizaine
de flyers
qui sont dans l'expo
de la BML
et je pense qu'on pourrait
même faire un bingo
de cocher des cases
à chaque fois
de tous les éléments
qui reviennent.
Donc là,
je pense que
on est dans l'espace.
Là,
c'est clairement
un détournement
de culture populaire.
On n'en a pas trop parlé
encore,
mais c'est vrai
qu'il y avait pas mal
dans l'expo.
Il y a beaucoup
de Dragon Ball.
Ça,
c'est en mode
donjon et dragon.
Criticator,
je ne sais plus
qui c'est
ce personnage.
Et voilà,
on a vraiment aussi
un détournement
de la culture populaire
qui est assez présent aussi.
Voilà,
on a le détournement aussi
des films.
Je pense qu'il y avait aussi
un vrai...
Enfin,
la question du détournement,
elle est hyper
emblématique aussi
du mouvement.
Enfin,
dans les flyers
que j'ai étudiés,
il y a vraiment
beaucoup de flyers
qui sont choupa-choups.
J'ai vu qu'il y en avait
aussi là de choupa-choups.
Oui,
il y en a des choupa-choups.
Et choupa-choups
ou Hello Kitty
en disant...
Enfin,
en faisant des jeux de mots
plus ou moins drôles
sur Hello Kitty
et la drogue
ou des trucs comme ça.
Et il y a toujours
en fait ce côté,
on va emprunter
à la culture populaire
parce que c'est quelque chose
qui parle au public
et en faire quelque chose
de drôle,
ironique.
Et ça,
c'est hyper...
C'est ce qu'on disait tout à l'heure,
c'est vraiment une posture
en fait,
de se dire
on peut se permettre
d'en faire ça
parce qu'on est des événements
de contre-culture,
parce qu'on est des événements
alternatifs
et il n'y a personne
qui va nous dire
ah bah non,
tu ne peux pas mettre
une mœuf à poil
avec un choupa-choups
et un Hello Kitty
à côté
parce que ça ne va pas plaire
aux clients.
Je voulais montrer celle-là
aussi qui est assez particulière.
Celle-là,
je l'adore.
C'était une rave,
une teuf,
une soirée
à l'hypnotique.
Mais voilà,
là ça coche encore
la case d'espace
mais le poireau,
ça ouais,
je ne l'avais pas vu encore.
Je n'ai pas fait de chapitre
sur les légumes
dans les frères.
C'est peut-être là aussi
qu'il y a un peu
un biais politique
dans le détournement,
l'usage de marques
que tout le monde connaît,
le placement de ce slogan
qui font rire.
Est-ce que la teuf
est un peu politique ?
Est-ce que par le flyer
on véhicule des idées
également ?
Carrément.
En fait,
je pense que
même history,
moi,
déjà rien que l'idée
de faire la fête,
je reprends encore
l'exemple
au début
en Angleterre,
avec le gouvernement
de Thatcher,
faire la fête
c'était hyper risqué.
Genre,
violence policière,
tout ça,
ce n'était pas
le meilleur moment
pour aller à l'encontre
des lois.
Et en fait,
déjà rien que faire la fête,
c'était déjà
quelque chose d'engagé
pour le droit
à se rassembler,
le droit
à avoir sa propre culture,
le droit
à une culture alternative
jeune.
Et je pense que
le flyer,
en fait,
c'est le support
de cette pensée.
C'est vraiment dire
à voix haute,
mais un peu
à voix basse
en même temps
parce qu'il ne faut pas
trop que ça sache,
de montrer visuellement
qu'on est là
pour casser des codes,
pour enfreindre des lois,
pour,
enfin,
pas que pour ça,
mais que l'idée,
c'est qu'on est là
aussi de manière engagée,
militante.
Et je pense que
c'est une grosse différence
aussi entre les flyers
anglais
et les flyers français.
Là,
je n'en ai pas beaucoup vu
dans l'expo,
mais j'ai eu l'occasion
de faire un livre
sur les premiers flyers
de rave français
à Paris,
donc fin 80,
début 90,
donc vraiment jeunesse,
jeunesse des rave parties
et c'est un livre
qui est très peu édité.
Mais du coup,
j'ai eu la chance
d'aller chez un collectionneur
qui avait des flyers
des premiers raves
sous les ponts de Tolbiac,
dans des endroits un peu
sud de Paris.
Et en fait,
souvent,
c'était des flyers
qui,
eux-mêmes,
sur le flyer,
avaient des revendications politiques.
Donc,
je ne suis pas sûre
que j'ai ceux
en exemple-là,
mais il y en avait
beaucoup dans la collection
qui avaient des revendications politiques,
rien que sur le flyer,
par exemple,
au droit de danser
ou juste des petites phrases catchy.
Il y en avait un
à la BML,
c'était un permis de te fait,
c'était un permis de conduire
qui a été refait.
Il était trop bien celui-là.
Trop bien.
Oui,
donc je pense qu'il y avait vraiment,
je pense,
dans le flyer,
donc après,
je pense,
l'idée,
ce n'était pas forcément
tout le temps
de revendiquer constamment
quelque chose de politique,
mais l'idée,
c'est quand même
tout le principe
de donner le flyer
de main en main,
de faire quelque chose
un peu en soum-soum,
c'est déjà hyper connoté,
je pense.
Et du coup,
je me demandais,
est-ce que tu penses
que le flyer,
ça a été le point de départ
du début d'une esthétique ?
Parce qu'en fait,
je crois que c'est dans ton mémoire,
tu parles du fait
que dans les années 90,
les vinyles,
au début,
les macarons,
ils étaient plutôt vierges.
Il n'y avait pas encore
beaucoup de fantasy,
on va dire,
appliquée sur ces supports-là.
Et en fait,
du coup,
il y a eu les premiers flyers
qui ont circulé
et le début aussi
d'une esthétique naissante
qui s'est adaptée
sur d'autres supports,
qui ensuite s'est adaptée
à la mode,
aux posters,
etc.
Donc je ne sais pas
si je pense que ça a joué
un rôle là-dedans.
En fait,
c'est vrai que je pense
que les premiers vinyles,
je parle de ce que je sais,
je vais peut-être faire
des petites erreurs factuelles.
Mais en tout cas,
je sais que les premiers vinyles,
c'était quand même
beaucoup plus de la house
et du coup,
de la détroit de Chicago
et c'est quand même
visuellement
des objets
qui étaient beaucoup plus
sobres
parce que aussi
les styles
de communication
à l'époque
des flyers de Chicago
étaient beaucoup plus sobres
aussi et je pense
qu'il y avait vraiment
un...
Enfin,
les vinyles
qu'on utilisait
pour les soirées
début 90,
c'était encore
les anciens vinyles
du coup
qui n'étaient pas
des nouveaux vinyles
qui venaient de sortir
et du coup,
il y avait cette imagerie
qui était plus
plus sobre,
plus...
juste de la typo,
juste le nom du DJ.
Quelque chose
à la production,
j'imagine,
en fait,
il n'y avait pas non plus
de moyens
pour des sorties
qui étaient encore
un peu balbutiants
en termes de style
et du coup,
souvent les pochettes noires
avec uniquement
un macaron apparent
et...
Oui,
le petit sticker
du vendeur
du record shop.
Mais ouais,
et en fait,
je pense que c'est quelque chose
qui s'est auto-alimenté
avec le flyer,
qui s'est auto-alimenté
avec les magazines.
En fait,
je pense que,
à mon avis,
le flyer,
de ce que j'ai pu étudier,
c'est quand même
le point de départ
dans un sens
de tout ça.
Mais je pense que
tout s'alimente
dans le sens où,
au final,
ça s'est très vite rebondi
et je pense que
il n'y a pas vraiment
de chronologie
de qui a été le premier
ou quel élément graphique
a été précurseur.
Je pense que,
de toute manière,
c'est des choses
qui s'auto-alimentent.
Par exemple,
la mode,
à cette époque-là,
elle existait déjà.
Quand on voit
comment les gens s'habillaient
pour aller en teuf,
ils ne se sont pas dit
« Ah, j'ai regardé le flyer,
donc ça m'a inspiré
pour ma vie. »
Du coup,
je pense que c'est des choses
qui s'auto-alimentent mutuellement.
Mais je pense
que le flyer,
il a le bénéfice
d'être le meilleur témoin
visuel aujourd'hui,
je pense,
de cette époque.
Je pense qu'il y a
tellement d'objets,
il y a tellement de styles,
il y a tellement de profusions
qu'en fait,
je pense que c'est l'élément
qui est le plus emblématique.
Enfin, seulement.
Après, moi,
je suis graphiste,
donc peut-être
c'est mon biais.
mais carrément,
je pense que le flyer
a quand même bien influencé.
Et c'est ça
que je trouve qu'on voit,
c'est que je crois
qu'il y en a
à la fin de l'expo
des vinyles
avec des trucs en 3D
en mode full flyer.
Je pense qu'au bout d'un moment,
finalement,
les esthétiques rêves
ont été très vite
réemployées
pour en faire
des objets commerciaux.
donc c'est vrai
que fin 90,
on voit beaucoup
de vinyles
qui reprennent
presque élément
par élément
les flyers de rêve
de l'époque,
je pense.
OK.
Et du coup,
c'est intéressant
parce que tu parles
de ta pratique aussi,
tes graphistes aussi.
Et moi,
ça me fait penser,
je pense qu'on avait aussi
un peu envie
de parler de ça
avec Romain.
C'est du coup,
pour parler plutôt
d'une esthétique rêve
qui serait le fait
d'assumer
une espèce de naïveté,
de se dégager
un peu des contraintes
et de faire un peu
du sampling,
du recyclage d'images.
En fait,
on trouve beaucoup
ces pratiques-là
actuelles
et on se demandait
si c'était quelque chose
qui t'inspirait aujourd'hui
dans ta création
ou qu'est-ce que ça fait
de rejouer ces codes-là
aujourd'hui ?
Est-ce que ça fait encore
du sens ?
Enfin,
c'est pas...
Voilà.
Je pense qu'aujourd'hui...
Enfin,
moi,
je suis hyper
pour le recyclage
de choses existantes.
Je pense que ça peut...
Il y a beaucoup de gens
qui vont critiquer
et finalement se dire
on va réutiliser
des réemployés,
une esthétique
qui aujourd'hui
n'a pas de sens,
etc.
Sauf que c'est exactement
ce qu'ils faisaient
eux déjà à l'époque.
En fait,
quand eux,
ils ont utilisé
toute l'imagerie
d'une de Star Wars
ou d'autre
et je ne sais quoi
de Jurassic Park et tout,
ils se sont pas dit
on va pas réutiliser ça
parce que ça se fait pas
et c'est pas cool.
Et je pense que justement
c'est cette liberté-là
qu'ils avaient
d'emprunter
à l'ancien,
d'emprunter
à la culture populaire,
d'emprunter librement
que je trouve hyper riche
et je pense que c'est
une des choses
qui m'a le plus fascinée
dans ma recherche
c'est de se dire
cette liberté qu'ils ont
elle est super belle
et elle est super
enfin je trouve que
c'est ça qui crée
le mouvement
en fait
de se dire
on se met pas de barrière
et moi je pense
dans ma pratique
ça m'a débloqué
pas mal de portes
parce que je pense
que quand on est
un jeune graphiste
ou un jeune directeur artistique
on se dit souvent
oh non non
faut pas refaire ça
parce que c'est déjà fait
c'est pas moi
c'est pas machin
en fait je pense que
évidemment il faut le faire
de manière intelligente
faut pas se dire
je vais scanner un flyer
et juste changer trois lettres
et encore je sais pas
ça dépend de la soirée
mais je pense que
enfin je pense que
c'est assez inspirant
cet état d'esprit
d'un peu tomber les barrières
de se dire
on a pas le droit
on a pas le droit
alors évidemment
il y a les questions de droit
il y a les questions
de propriété intellectuelle
qui sont à ne pas négliger
et je pense que
c'est aussi pour ça
que eux à l'époque
ils sont pas du tout
posés la question
c'est que les événements
ils avaient pas de portée commerciale
je parle des petits événements
ça reste souterrain
c'est pour ça qu'il n'y a pas
trop de problèmes non plus
de droit à l'image
parce qu'il n'y a pas
revendication à être
dans des abribus
voilà c'est ça
là aujourd'hui
si on reprend l'affiche
telle quelle
de Jurassic Park
pour en faire
une affiche
pour une expo
ça va pas le faire
mais je pense que
au delà de ça
de copier mot pour mot
lettre pour lettre
je pense que
c'est
c'est bon
d'avoir cette
je dirais pas naïveté
parce que c'était pas
de manière naïve
mais cette
cette liberté
qu'ils avaient
enfin moi ça m'inspire
beaucoup en tout cas
pour mon travail aujourd'hui
et du coup
là on avait préparé
un petit dossier
avec Romain
en fait on trouve
que du coup
cette posture
et cette attitude là
elle est beaucoup
utilisée aujourd'hui
chez des graphistes
dans cette manière
de faire
et se lâcher prise
et cette liberté
et du coup
on avait un peu envie
de montrer des images
donc moi j'avais un peu
en référence
pour commencer
c'était
c'est un prof
au Beaux-Arts
de Besançon
qui fait des
qui fait les affiches
des portes ouvertes
de cette manière
et voilà
enfin il y a quelque chose
dans l'attitude
dans le fait de
enfin ça pose question
parce que
t'as pas dit qui c'était
ah j'ai pas dit qui c'était
c'est Christophe Godard
je sais pas si des gens
connaissent
enfin en tout cas
nous ça nous faisait
un lien évident
de voir tous ces flyers
et de voir un peu
ce qui peut se faire
aujourd'hui
mais c'est vrai
que ça pose des questions
de rejouer un peu
des codes
on va dire
de pratiques
qui sont plutôt amateurs
quand aujourd'hui
elles sont
on va dire légitimes
et qu'on peut se donner
aussi le droit
de le faire
parce qu'on a déjà
un nom
donc voilà
je sais pas Romain
si tu veux parler aussi
de
non mais je continue
à montrer quelques exemples
la Semira Joyce
pareil qui rejoue
un peu les codes
employés
dans les static raves
avec la récupération
le détournement
mais oui
la question
que tu posais
c'était
je sais pas si j'ai vraiment
posé
si c'est vraiment une question
non mais c'est l'idée
de reprendre
comment
pour moi
c'est plutôt pour
parler de ce style rave
en fait
de cette attitude
qui peut être reprise
aujourd'hui
quel rapport ça fait
de recréer ces images
aujourd'hui
et
ouais les questions
que ça peut poser
est-ce que ça a toujours
du sens
ouais
oui oui c'était
la question du sens
en fait je pense que
comme je disais tout à l'heure
dans l'histoire de l'art
dans l'histoire de la musique
et dans l'histoire
culturelle en général
l'emprunt
et le recyclage
et le pastiche
tous les mots
qui sont synonymes
de ça
c'est des choses
qui ont toujours
été présentes
je pense
notamment dans les exemples
qu'on est en train
de montrer
il s'inspire
de l'esthétique
et des esthétiques rave
mais pas que
je pense que ça s'inspire
aussi de plein
d'autres mouvements
notamment
les premiers éléments
que vous avez montrés
je pense que c'est
très inspiré
du début
du 2D
sur l'internet
du côté
des canevas
full
une couleur
je pense que
l'emprunt
il a du sens
dans le sens où
je trouve que c'est comme ça
qu'on enrichit
l'art
et la pratique
des arts visuels
en général
moi je trouve ça super
de faire
des interprétations
libres
en s'inspirant
de mouvements
déjà existants
peut-être qu'on est
assez un petit peu
vite
à la déréférence
contemporaine
mais peut-être
qu'on peut parler
de justement
entre les années 90
et aujourd'hui
qu'est-ce qui s'est passé
comment
le support
il a évolué
les auteurs
également
et les auteuristes
ne sont plus les mêmes
si tu peux peut-être
faire une petite chronologie
bah du coup
comme on disait un peu
au début
c'est vrai qu'au début
les premiers flyers
ils étaient vraiment
plus dans la même veine
que les
les flyers
et les affiches
de punk
donc c'était très
vu qu'il n'y avait pas encore
tout à fait l'accès
à l'ordinateur
etc
c'était vraiment
du scan
du découpage
de l'usage
de lettres à 7
de ces petites lettres
qu'on peut
à l'époque
coller
pour faire des mots
et créer des affiches
de manière complètement analogique
je pense que
c'est pour ça
qu'il y a une énorme évolution
et je pense que
c'est pour ça que
l'esthétique rêve
elle a énormément évolué
dans les 15 années
de son
prisme
principal
mais je pense que oui
au début
c'était très
très analogue
très
noir et blanc
do it yourself
à fond
découpage
etc
après avec l'arrivée
de la PAO
des ordinateurs
et des promos
logiciels
de graphisme
il y a vraiment eu
un bond en avant
technique
qui a permis
de faire des flyers
qui étaient
beaucoup plus
beaucoup plus
digitaux
entre guillemets
qui permettaient
de manipuler
de l'image
de manière différente
donc pas forcément
avec du découpage
au ciseau
mais du coup
avec de l'empreinte
d'image
sur internet
avec l'arrivée
d'internet
et je pense que
après du coup
cette arrivée
d'internet
c'est aussi
l'arrivée
des sites web
super
c'est l'arrivée
des sites web
et c'est aussi là
qu'en fait
on a commencé
à communiquer
les soirées
plus seulement
en version
papier
mais maintenant
via des sites
internet
un peu obscurs
au début
il y a eu le Minitel
du coup
qu'en France
parce que Minitel
est une prouesse
technologique française
si tu fais de bêtises
et du coup
il n'y avait pas ça
en Angleterre
et du coup
il y a eu le Minitel
après il y a eu
beaucoup d'envois
aussi
de petites images
par MMS
pendant un moment
et ça
j'ai eu du mal
à en retrouver
d'ailleurs
je n'en ai pas retrouvé
mais j'ai eu
des reportages
qui disaient
que ça existait
à la fin des catalogues
et qu'il fallait payer
pour avoir
le fond des trangs
et après
il y a eu du coup
les sites internet
donc il y a eu
des gros sites internet
français
et après internet
du coup
on a remarqué
quand même
que les flyers
étaient de moins en moins
produits
parce qu'en fait
avec l'arrivée
des réseaux sociaux
après
il y avait tellement
d'autres moyens
de communiquer
que le flyer
a un peu perdu
en popularité
et du coup
c'était des frais
qui étaient facilement
enlevables
de la production
des événements
et on se disait plus
on va communiquer
à travers
les réseaux sociaux
et les sites
et c'est vrai
qu'avec l'arrivée
de Facebook
des 2010
c'est comme ça
du coup
les événements
se faisaient
beaucoup à travers
les groupes
Facebook
il y avait
énormément de groupes
rave
par
par
région
par
tout le temps
en continent
une communauté
un peu souterraine
des groupes privés
il fallait s'inscrire
il fallait demander
dire qu'on était intéressé
répondre des fois
à un questionnaire
de ne pas être en flic
et du coup
c'est vrai que
quand
j'ai écrit mon mémoire
ça a déjà
beaucoup évolué
depuis
parce que j'ai écrit
mon mémoire
en 2019
enfin 2018-2019
et du coup
c'était l'avènement
des pages Facebook
d'événements
où on se disait
on va faire
maintenant
plus de flyers
ou plus d'affiches
on va faire que
des bannières Facebook
et vraiment
ça a été
une profusion
de bannières Facebook
qui était le nouveau flyer
de la fin des années 2010
et après
il y a eu beaucoup plus
l'utilisation
après sur Instagram
du coup
aussi encore une fois
parfois
via des comptes privés
parfois via des comptes publics
pour les communications
de fêtes
après il y avait toujours
des flyers
pour les plus puristes
des événements
mais c'est quand même
quelque chose
je pense moi
la relation que j'avais
avec le flyer
dans ces années là
c'était beaucoup plus
je vois l'événement
sur internet
et le flyer
c'est une espèce de
de souvenirs
que je vais presque
trouver sur le lieu
de la fête
ce qui est du coup
un peu contradictoire
on parle à un moment donné
d'une rave
à laquelle tu vas
ou d'une fête
ouais c'était à Prague
je crois
j'avais été
une rave à Prague
et j'étais hyper étonnée
parce que les flyers
ils étaient là
le jour de l'événement
sur l'événement
du coup
j'étais genre
bah oui
mais du coup
en fait
t'as vu toutes les infos
avant
sans avoir accès
au flyer
et le flyer
en fait
tu le vois qu'au dernier moment
en arrivant
sur le site
de la fête
c'est ça
et j'avais eu
du coup
toutes les infos
par mail
il me semble
enfin au début
via Facebook
après les infos
du lieu
par mail
et à la fin
j'avais eu le flyer
et c'est ça
qui est un truc
très spécifique
au flyer
sur lequel aussi
on a pu
enfin voir un peu
en travaillant
sur cette expo
c'est vraiment
le souvenir symbolique
lié à la teuf
et nous on a vu
avec Romain
enfin en allant voir
directement
les collectionneurs
que c'est
que c'est une source
très forte
pour les personnes
qui les possèdent
en tout cas
de souvenir
c'est une chose
qu'on a perdue aujourd'hui
qui est un peu triste
d'ailleurs
on a pu beaucoup
on n'a pas forcément
nos souvenirs
de soirées
dans lesquelles on va
il y en a qui sont fans
de garder
les bracelets de festival
mais c'est pas
c'est pas la même chose
c'est aussi un truc
d'appartenance
je pense
d'exprimer
que t'appartiens
à une certaine communauté
en décorant
ton chez toi
de posters
ou en portant
des éléments
clin d'oeil
et je pense que oui
c'est pour ça
qu'il y a aussi
dans cette communauté là
autant de collectionneurs
qui ont d'ailleurs
fait le prêt
par exemple
pour l'expo
à la BML
mais qui tiennent
comme à la prunelle
de leurs yeux
c'est vraiment
une partie de leur jeunesse
de leur enfance
et du coup ça
c'est un truc
qui est hyper fort
lié au flyer
et qui n'existe plus
aujourd'hui
c'est hyper beau
moi aussi
pendant mes recherches
j'ai eu l'occasion
de rencontrer
plusieurs collectionneurs
en fait c'est des gens
tu sens que
c'est leur bébé
leur collection
et c'est hyper touchant
je trouve ça
à la fois
ils peuvent
t'en parler des heures
ils vont dire
tiens cette soirée
c'était trop cool
et ce flyer
il était trop stylé
mais c'est marrant
c'est que du coup
ces personnes là
avaient déjà
en tout cas
c'est un peu aussi
des âmes de collectionneurs
mais je pense
à la voga
chez qui on était allé
je ne me rappelle plus
de son prénom
mais lui
son but
c'était aussi
de faire le tour
des disquaires
et de récupérer
tous les flyers
qu'ils pouvaient trouver
et de les archiver
et déjà à ce moment là
ils les mettaient
dans des classeurs
et dans des cartons
par année
et du coup
ça a disparu
je pense que ça existe encore
oui
de toute façon
il y a toutes sortes
de collections
on a l'impression
qu'ils avaient déjà
une notion
un peu de la rareté
du truc
que c'était quelque chose
qui allait peut-être se perdre
je n'en sais rien
je pense que
après j'étais encore au bébé
quand il avait demandé rêve
mais je pense que
les gens étaient très conscients
qu'ils étaient en train
d'assister à quelque chose
d'historique
dans la plupart des documentaires
que j'ai vus
et dans la plupart des témoignages
les gens étaient au courant
que ce qui se passait
c'était un truc de fou
et je pense que
le côté collectionné
ils se sont dit
je ne veux pas perdre
ce souvenir
et comme tu disais
il y a aussi
beaucoup de collectionneurs
qui sont allés chercher
les flyers
et qui les gardent
amoureusement
alors qu'ils ne sont même
pas allés à la fête
je pense qu'il y a
un vrai attachement
nostalgique
à cet objet
qui est une capsule
de ce qu'ils ont vécu
à cette époque là
et de cette effervescence
et de cette culture
et de ce mouvement
et comme vous disiez
il y a en fait
cette collection
ces collectionnaires
c'est tentaculaire
il y en a tellement
pendant mes recherches
avant d'acheter les flyers
j'ai découvert des sites
surtout en Angleterre
de forums
qui sont encore
hyper actifs aujourd'hui
de gens qui vont parler
pendant des semaines
sur tel flyer
après c'est des histoires
aussi financières
de la cote
des flyers
qui vont coûter
plus de 200 euros
qui sont hyper faciles
à reproduire
et du coup
justement
il y avait toute cette question
peut-être qu'il faudrait
commencer à mettre en place
un système de reconnaissance
pour savoir
si c'est des vrais flyers officiels
et pas des vrais flyers officiels
je trouve ça fou
quand on arrive
à ce niveau là
de préciosité
pour des objets
qui étaient donnés gratuitement
c'est assez intéressant
et ouais
il y avait vraiment
une quantité de forums
de flyers
invraisemblables
et de gens
qui en parlent encore aujourd'hui
je pense que c'est des gens
qui sont encore
hyper attachés
à cette époque là
et c'est super intéressant
il y a des gens
qui les archivent aussi
il y en a beaucoup
il y a un site
qui s'appelle
je l'ai mis à un moment
dans la mémoire
il y a un site
qui s'appelle
Rave Preservation Project
qui est organisé
il me semble
c'est un londonien
qui a mis en place
le projet
et je lui avais écrit
à l'époque
et en fait
son site
on ne peut qu'y accéder
si on lui envoie une lettre
qui dit
qu'on est vraiment
intéressé par le mouvement
donc j'ai envie
de l'être armel
et du coup
c'est un site privé
où il se dit
j'ai pas envie
que les gens
viennent prendre
mes flyers
et les utiliser
à des fins commerciaux
ou pour faire des choses
qui n'ont aucun rapport
avec le mouvement
moi je lui avais expliqué
ma démarche
de vouloir faire un livre
sur le sujet
je lui ai dit
que j'allais pas lui voler
ses flyers
qu'il n'avait pas à s'inquiéter
ils ne sont pas dans mon livre
mais je voulais voir
et le mec était fou
il avait classé
les projets
tous les flyers
étaient classés
par style de musique
vous pouvez tout filtrer
style de musique
couleur
style de visuel également
couleur
éléments graphiques
DJ
travail de malade
et le mec m'avait dit
non c'est pas
je fais ça juste
pour le kiff
je trouvais ça fou
le temps
je lui avais demandé
si le site
il l'avait fait développer
par un développeur
il m'a dit
oui j'ai payé quelqu'un
pour le faire
je trouve ça fou
l'investissement
super beau
heureusement qu'il y a
des gens qui font ça
j'ai pu aller fouiller
grâce à ça
beaucoup de flyers
de l'époque
et aussi
c'était un énorme fêtard
qui faisait la France
l'Europe entière
de fait
donc il a
des chapitres
par pays
donc c'est assez fou
de voir tout ça
mais du coup
c'est privé
il faut écrire au monsieur
j'ai fait une demande
juste quand j'ai découvert
dans ton mémoire
la France
tu as allé faire une demande aussi
peut-être que
j'avais un peu envie
qu'on parle aussi
de cette période
de la post 2000
jusqu'à aujourd'hui
enfin la passage
par Facebook
tout ça
j'ai un peu
ma petite opinion
mais j'ai l'impression
qu'il y a une sorte
de perte de qualité
également
sur les flyers
puisqu'ils ne sont plus
vraiment des flyers
c'est plutôt
des objets digitaux
qu'est-ce que tu en penses
toi de tout ça
très bonne question
est-ce que c'est aussi
parce que les autant
ne sont plus les mêmes
je pense que
je pense qu'il y a toujours
des dingueries visuelles
il y en a
il y en a
oui
mais je pense que
en fait je pense
que c'est aussi lié
au fait que
je pense qu'il y a
moins d'engouement
aussi
à ces fêtes
clandestines
qu'avant
en le sens où
il y en a toujours
et moi je suis une grosse
consommatrice
de fêtes clandestines
avec grand plaisir
mais je pense qu'il y a
moins cette espèce
de notion
où on se dit
c'est quelque chose
de nouveau
donc il y a tout à créer
il y a tout à faire
et aussi
encore une fois
le fait que ça soit
une époque charnière
de plein de nouveautés
technologiques
une époque
qui n'est pas du tout
la même visuellement
je pense que
c'était
aujourd'hui
il y a peut-être
moins ce côté liberté
je pense visuel
je pense les graphistes
je parle
de ce que je connais
je pense qu'il y en a
il y a plein de contre-exemples
je pense qu'il y a
quand même beaucoup
de graphistes
qui se restreignent
un peu
par aussi peur
de mal faire
de faire des choses
qui ne sont pas
de faire des choses
pas belles
là où à l'époque
ils se posaient
moins la question
je pense
mais oui c'est vrai
moi je trouve que
en étant à fond
dans la scène
électronique et techno
aujourd'hui
visuellement je trouve
qu'il y a
trop de choses similaires
et trop de choses
qui sont
finalement un peu
pauvres créativement
il y a des choses
de l'ordre de la trend
de la tendance
comme tu disais
autrefois
il y avait
des passionnés
qui le faisaient
pour leur propre
groupe
pour leur propre
communauté
aujourd'hui
tu as des grosses institutions
qui travaillent avec des designers
qui ne sont pas forcément
connaissantes
heureuses
de cette scène
je vais vous montrer
les images
Romain
ah oui
par exemple
là c'était plutôt
une sélection
de collectifs
de Lyon
collectifs
non pas forcément
de Lyon
mais de soirées
art techno
ou techno
qui reprennent
un peu les mêmes codes
et il y a aussi
une sorte de logique
économique
dans leurs événements
et dans la communication
de leurs événements
pour ne pas être
trop coûteuse
il y avait un système
de template
donc d'un modèle
prédéfini
de mise en page
qui évolue
on va dire très peu
d'un événement
en autre
avec juste le fond
qui va switcher
je pense qu'on
retombe beaucoup plus
sur la communication
de type concert
de type événement
légaux
dans le sens où
il faut que
ça soit lisible
genre là
l'idée je pense
c'était
le brief c'était
regarde
met un dégradé
noir en bas
parce que sinon
on voit pas assez
qu'il y a Matrixman
qui vient
et je pense
à l'époque
c'était justement
tout l'inverse
on se disait
plus on fait un flyer
what the fuck
marrant
plus les gens
ils font se dire
c'est trop cool
et je pense
bon il y a évidemment
40 000 contre-exemples
dans ce que je dis
mais dans l'ensemble
je pense aujourd'hui
il y a vraiment
un truc de
on veut que ça soit lisible
parce qu'on veut mettre
des gros
des gros noms
après là c'est des événements
légaux
c'est parce qu'on met
un cachet de 10 000 euros
sur une tête d'affiche
et du coup
il faut qu'on voit
que cette tête d'affiche
elle soit bien présente
sur le flyer
après je pense
il y a toujours eu ça
dans le sens où
dans les méga rêves
justement
les événements
plus ou moins légaux
il y avait quand même
cette volonté
de se dire
on peut venir
un gros artiste
donc il faut que les gens
le voient
parce que putain
on a mis de l'argent dedans
et du coup
je pense qu'il y a toujours eu ça
mais
je pense quand même
qu'aujourd'hui
il y a un
un retour
assez étonnant
parce qu'en fait
à l'époque
où les rêves
se sont créés
à l'époque
où les flyers de rêves
sont nés
il y avait vraiment
cette volonté
d'être post-moderne
dans la manière
visuelle
de communiquer
donc d'aller
à l'encontre des règles
de ne pas mettre
des types aux droites
de ne pas mettre
des trucs trop lisibles
de défier un peu
la grille
de la composition
je trouve que là
on y revient beaucoup
et là
je pense que
c'est des exemples
qui sont finalement
assez légaux
et pas très
alternatifs
mais je pense
même dans les événements
de flyers alternatifs
il y a quand même
ce retour à la grille
qui je ne sais pas
peut-être
c'est les graphistes
qui ont été
plus bercés
dans leurs études
par la grille
la grille
je ne sais pas
mais en tout cas
je pense
c'est un
un vrai retour
à quelque chose
de plus
de plus
lisible
et
moins
Tchernobyl
qu'avant
mais avec
toujours quand même
des personnalités
qui vont dans
l'expérimental
comme Jonathan Castro
oui bien sûr
Jonathan Castro
c'est un designer
basé à Amsterdam
et qui
le pire où il vient
je crois
ouais
il est basé à Amsterdam
et par exemple
il a fait la communication
du Dec Mantel
qui est un énorme
festival techno
oui non mais lui
il est hyper créatif
je pense qu'il fait
ouais mais je pense
qu'il y a
plein de contre-exemples
c'est plutôt
l'institutionnalisation
aussi ouais
de la scène techno
acid techno
house
qui va peut-être
un peu brider
à mon sens
l'esthétisme
de communication
d'événements
en fait je pense
c'est bien
que tu soulèves ça
parce que je pense
qu'au début
des premiers rêves
il y avait peu
du coup
d'événements légaux
qui donnaient un peu
une espèce
de référence visuelle
et du coup
c'était un peu plus
on part dans tous les sens
parce qu'il n'y a pas
de ligne directrice
entre guillemets
que là aujourd'hui
je pense qu'il y a
beaucoup finalement
de collectifs
qui se disent
ah j'ai envie
que mon esthétique
elle ressemble
au
Degmantel
ou du sonore
ou j'en sais rien
parce que
trop cool
ce qu'ils ont fait
et du coup
je pense
le fait
qu'il y ait
vraiment plus
d'événements légaux
je pense
ça influence
la scène alternative
dans un sens
mais
après je pense
que ouais
il y a encore
beaucoup de collectifs
tout petits
qui sont
à fond
dans le
faire des trucs
qui ressemblent à rien
et détruire
la grille
il y en a
évidemment
mais je pense
c'est beaucoup moins
visible qu'avant
en termes de profusion
visuelle
je pense
que c'est très particulier
parce que
les exemples
qu'on a montré
avant
welcome back
des villes
etc
c'est un peu
les méga raves
d'aujourd'hui
repris par le capitalisme
qui sont tenus
par des gros promoteurs
par boiler room
etc
et qui sont vraiment
dans le but du chiffre
mais le truc
qui est un peu inquiétant
là dedans
c'est qu'on voit
aussi beaucoup
qu'ils essayent
de toucher un peu
sur ce truc
de nostalgie
des vieilles raves
ils font beaucoup
de soirées
back to rave
où il y a écrit
rave comme dans
les années 90
ouais c'est ça
où en fait
on va imposer
aussi un dress code
avec des réductions
pour les personnes
qui viennent
déguisées en ravers
et c'est vrai
que ça fait un peu
mal
c'est marrant
je trouve que c'est
un topic
c'est la nostalgie
d'une période
où du coup
on se met à reproduire
les mêmes éléments
il y a
toute une sphère
de designers
qui utilisent
les mock-ups
les effets texturés
pour reproduire
un faux flyer
qui a été plié
alors qu'en réalité
tout est digital
enfin un propos digital
elle va vivre
que digitalement
parfois
et ne jamais être imprimée
ça me questionne
pourquoi reproduire
les mêmes schémas
les mêmes visuels
et pas en créant
non mais c'est sûr
je pense que
j'en parle un peu
à la fin de mon mémoire
de ce côté
il y en avait plein
pendant
depuis le moment
j'ai fait mon mémoire
de comptes Instagram
il y avait même un compte
qui s'appelait
faux flyer
arrobage faux flyer
et c'était juste
un graphiste
qui s'est dit
je vais refaire
que des flyers
en piochant plein de trucs
dans plein de flyers
que j'ai vus
et en faire un compte
pour me promouvoir
mes talents
en tant que graphiste
et du coup
après je pense
il s'est éclaté
c'était pas que
à des fins
de se vendre
je pense que c'était
aussi juste
pour s'amuser
mais c'est vrai
que reprendre
l'esthétique
du on va faire semblant
que le flyer
est déchiré
alors qu'en fait
je l'ai juste
fait sur Photoshop
parce que
ça convoite
une imagerie
qui est de l'ordre
de la nostalgie
je pense que c'est
intéressant
à regarder
pourquoi on fait ça
je pense que c'est
un sujet
à part entière
c'est tout le
contexte
de la nostalgie
pas que dans la rêve
je pense
en général
dans la culture
et dans l'art
pourquoi on est
autant nostalgique
de choses du passé
je pense que c'est
en grande partie
parce que ça nous réconforte
on se dit
c'est quelque chose
qui était bien
c'était mieux avant
je pense qu'il y a
beaucoup de ça
et c'est pour ça
que quand on parle
de ce qui se fait
aujourd'hui
je pense que
je suis quand même
très optimiste
finalement
sur les nouveaux
collectifs
et les nouveaux
graphistes
qui font des trucs
qui sortent un peu
de l'ordinaire
je pense qu'il y a
beaucoup de collectifs
aujourd'hui
qui créent
des nouvelles traînes
qui créent
des nouveaux
styles
avec des fêtes
alternatives
il y en a beaucoup
qui s'inspirent
de la culture
internet
d'aujourd'hui
et qui ne s'inspirent
pas que des flyers
de rêve
de l'époque
ça passe beaucoup
par l'hybridation
en prenant
des éléments
à la fois anciens
nouveaux
futurs
mais oui
cette question
de la nostalgie
elle est hyper
c'est vraiment
un sujet
qui m'a suivi
tout le long
de mes recherches
pourquoi on est
aussi nostalgique
et je pense
il y a deux formes
de nostalgie
il y a la nostalgie
des gens
qui ont vécu
les événements
et qui du coup
eux je comprends
qu'ils aient ce truc
j'adore revoir
les flyers
de mon époque
parce que ça
me replonge
dans mon adolescence
ou dans le début
de ma vie d'adulte
mais je me suis
posé la question
pour moi-même
pourquoi je fais
un mémoire
sur une époque
où j'étais pas là
et je pense
qu'il y a beaucoup
de gens
qui me posent
la question aussi
et c'est deux formes
de nostalgie
assez différentes
finalement
et je pense
que
je pense que
il n'y a aussi
pas que
de la nostalgie
gratuite
je suis née
début 90
et je pense
que c'est quelque chose
qui m'a porté
toute mon enfance
cette imagerie-là
et je pense
qu'encore une fois
vu que c'est
des flyers
qui s'inspirent
beaucoup
de la culture populaire
de référence
de leur époque
je pense
qu'on emprunte
aussi à des choses
qui font référence
à notre enfance
finalement
tout le côté
analogique
je pense
qu'on y est
hyper attaché
finalement
merci
ça fait déjà
une heure
qu'on parle
du coup
je pense
qu'on peut
bientôt finir
moi j'avais
un peu
une question
par rapport
à
du coup
tu viens de découvrir
l'expo
entre rave et réalité
je ne sais pas
si tu peux nous faire
un petit retour
à chaud
sur ce que tu viens
de découvrir
est-ce que tu avais
connaissance
du mouvement
rave
apparu à Lyon
ces années-là
alors déjà
j'ai adoré l'expo
je ne dis pas ça
juste parce que je suis là
vraiment pour
premier degré
non non
j'ai trouvé ça super
je trouve qu'il y a
une vraie profusion
en tout cas
moi encore une fois
je m'intéresse surtout
aux flyers
donc j'ai passé
beaucoup de temps
devant les flyers
et je pense
qu'il y a un
il y a un vrai
je pense que
il y a des vrais ponts
qui sont entre
la scène anglaise
que j'ai étudiée
je veux dire visuellement
et la scène lyonnaise
après
je n'avais pas forcément
idée qu'il y avait
autant
de choses
qui se passaient
à Lyon
je savais qu'il y avait
des choses
qui s'étaient passées
quand j'avais
travaillé sur mon livre
sur les flyers
de première
à Paris
parce que j'avais vu
aussi des flyers
dans toute la France
j'ai vu qu'il y avait
Paul Harris
et beaucoup de clubs
etc
mais c'est vrai que
la culture alternative
je la connaissais moins
et je suis assez étonnée
par la quantité
de flyers
j'imagine que vous en avez
eu des milliers d'autres
dans les mains
il y a fallu sélectionner
c'était assez compliqué
mais je trouve que c'est beau
la diversité
je ne m'attendais pas
autant de diversité
tous les flyers
plutôt deuxième partie
des années 90
avec beaucoup de 3D
et tout
ça m'a beaucoup intéressée
et c'est des choses
que j'ai moins vu
finalement
dans les flyers
de rave anglaise
peut-être aussi
parce que j'ai étudié
plus le début
des années 90
mais
j'ai trouvé ça
très riche
en termes de diversité
visuelle
il y a vraiment des flyers
comme je disais
il y a quand même
une grosse différence
entre la scène anglaise
et la scène française
dans le sens
où la scène française
le clubbing
et la free party
est quand même
très séparé
là où en Angleterre
en tout cas
dans les années 90
c'était quand même
beaucoup plus
d'événements
organisés
et il n'y avait pas
la frontière
était beaucoup plus fine
entre free party
et clubbing
et du coup
et du coup
les flyers
sont quand même
je trouve que par exemple
les flyers de free party
en France
ils sont hyper emblématiques
de la France
et là on voit
des trucs dessinés
avec les noms des DJs
juste écrits au stylo
et la carte dessinée au stylo
c'est des trucs
que je n'ai pas trop vu
dans la scène anglaise
là où
justement
j'en ai vu quelques-uns
dans le mur
en vert
où il y a les flyers
des deux côtés
il y a quand même
pas mal de flyers
je pense à la soirée
Dragon Ball
où vraiment
c'est fait
à l'arrache totale
et ça
j'ai adoré
du coup
je pense
c'est assez emblématique
plus de la scène française
et après
tout ce qui est
plus 3D
digital
pour le coup
il y en a dans les deux scènes
et même dans toute l'Europe
je pense
mais c'est
encore une fois
que ce soit
la scène anglaise
française
allemande
ou je ne sais quel pays
je pense que
il y a les mêmes imaginaires
qui sont mis en place
donc le cosmique
la science-fiction
le détournement
et tout
c'est des éléments
qui sont mis en place
enfin qui sont vraiment
communs
en fait finalement
à toutes les scènes
que j'étudie
en tout cas
ok merci
est-ce que tu veux
rajouter quelque chose
Romain ?
je ne sais pas
on va tout aborder
ou ?
du coup on va peut-être
en profiter
déjà pour vous remercier
et puis peut-être
laisser la place
aussi à quelques questions
je vais me permettre
de poser la première
parce qu'il y a quelque chose
qui m'a marqué
dans ce que vous avez montré
c'est une différence
assez forte
entre les visuels d'époque
et les visuels d'aujourd'hui
sur la présence
en fait
des line-up
aujourd'hui
sur les visuels
alors est-ce que c'est dû
au support
parce que le flyer
c'était deux côtés
donc souvent
on va dire
un geste graphique
d'un côté
et le line-up
et les informations
de l'autre
et qu'aujourd'hui
on est plutôt sur
soit de l'affiche
soit de la communication
digitale
en gros
juste avec un recto
ou est-ce que c'était
vraiment l'idée
qu'une rêve d'époque
devait aussi avoir
une identité graphique
assez forte ?
alors je pense
que c'est les deux
je pense qu'il y avait
à l'époque aussi
je pense
je parle des premiers rêves
pas des méga rêves
et tout
je pense qu'il y avait
aussi ce côté
où le plus important
c'est finalement
le collectif
plus que le line-up
et c'est plus
l'attitude
et l'événement
en tant que tel
plus que
quel DJ
va être là
quelle tête d'affiche
va être là
et je pense
qu'il y avait aussi
ce côté
l'idée
c'est d'avoir
c'est vraiment
de mettre en avant
visuellement
quelque chose
enfin souvent
je trouve
les arguments
qui étaient plus
mis en avant
que les noms
des DJ
c'était
smoke machine
ou dans les bois
ou en fait
c'était vraiment
plus à propos
de la soirée
plus que
de la musique
en tant que tel
mais est-ce que
c'était pas aussi
le seul support
dans lequel on avait
du coup l'infoline
les cartes
également
il y avait beaucoup
de choses à dire
sur un même
petit papier
mais je pense que
du coup
la conclusion
c'est quand même
quelque chose
d'assez triste
mais c'est aussi
que comme tu disais
Julia
c'est que
le public
allait aux soirées
pour la soirée
globale
en elle-même
et pour ce qu'ils allaient
y trouver
de nouveautés
voilà
c'était
et je pense que
du coup
la musique
je crois que
j'en avais parlé
aussi
parce qu'à un moment
quand j'étais au Beaux-Arts
j'avais travaillé
sur la teuf
du Molitor
qu'il y a eu à Paris
dans le 16ème arrondissement
donc là c'était
un peu plus tard
c'était en 2001
organisé par le collectif
des hérétiques
où ils ont pris
une piscine
désaffectée
pendant deux jours
de teuf
et j'ai parlé
avec des personnes
du public
et en fait
ils n'arrivaient pas
à me dire
qui avait joué
donc ils se rappelaient
de Manu le Malin
à 8h du matin
en fait
c'est ça
ils n'y allaient pas
pour ça
c'était qu'il y avait
vraiment quelque chose
à vivre
d'assez unique
et aujourd'hui
malheureusement
on a un gros problème
de starification
des DJs
qui sont vraiment
mis sur un piédestal
qui valent hyper cher
et en fait
c'est eux
qui vont ramener
le public
et qui sont mis
aussi glorifiés
aussi mis en avant
et du coup
forcément maintenant
on met le paquet
sur le line-up
quitte à ce que ce soit
des artistes
qui viennent d'hyper loin
alors qu'avant
je pense que
il y avait plutôt
un rapport
de peu importe
la line-up
on va aller à la soirée
et puis c'était
beaucoup plus libre
aussi
justement en termes
de programmation
qu'il pouvait y avoir
rien qu'en termes
de style
où c'était aussi
très éclectique
je pense
par rapport au DJ
je pense aussi
il y avait le côté
tout le début
je pense notamment
à la house à Chicago
en fait l'idée
c'était que le DJ
finalement ça soit
pas une star
et que finalement
l'important ça soit
l'événement
la soirée
venir danser
venir
se communier
il utilisait
ce genre de mots
au début
des flyers de rêve
l'idée c'était vraiment
le DJ n'était pas
une star
ça se retrouve
dans le dispositif
des rêve parties
justement je trouve
la configuration
fait qu'au départ
le DJ n'est pas mis
telle une star
c'est plutôt
le système son
qui va être
prédominant
et vers lequel
les gens se tournent
et je pense que
c'est bien plus tard
que le DJ
prend une place
plus centrale
après il y a toujours
eu des stars
même début 90
je pense en Angleterre
il y avait Danny Rambling
qui était genre
présent sur une grosse partie
des gros flyers
mais plus dans
les flyers
de clubbing
ou de méga rave
là où les flyers
de rave
alternatives
il y avait moins
justement
ce DJ
mais en avant
mais oui
il y a aussi
comme tu disais
le côté
avant il y avait
un recto verso
donc on pouvait aussi
il y avait peut-être
plus de liberté
dans le papier
aussi
enfin je pense
sincèrement
que dans
l'impression
le fait d'imprimer
le fait de créer
un objet imprimé
ça crée aussi
une liberté
de se dire
on a un objet
là où une affiche
digitale
c'est
pixel
par 1080
je pense
que c'est pas du tout
la même démarche
finalement
après il faudrait
que je me rappelle
enfin je me rappelle
plus du flyer
mais je sais
qu'il y avait
Laurent Carnier
qui était venu
et c'était déjà
un événement de ouf
il y a 30 ans
et ils avaient fait
un flyer
pour ça
et je me rappelle
plus comment était
enfin quoi il ressemblait
mais oui
il y avait déjà
les stars
de l'époque
c'est sûr
déjà c'était
un A4
ce qui est assez rare
dans l'exposition
mais c'était dans un club
justement
dans un club
qui était limite
plutôt boîte de nuit
grand public
oui
et ce qui est souvent
très compliqué
je trouve
ce qui a été une prise de tête
sans nom
pendant mon livre
et pendant mon mémoire
c'est que
en fait
que ça soit pour le clubbing
ou pour des fêtes
très alternatives
souvent c'est un peu compliqué
de différencier
parce que les deux
se copient l'un l'autre
et du coup
je trouve
c'était compliqué
pour moi
de me dire
ah mais ça c'est une teuf
méga commercial
je vais pas le mettre
dans mon livre
ça c'est une teuf
enfin je trouve
c'est un peu compliqué
souvent
et l'élément principal
qui me faisait me dire
ah ça c'est une teuf commercial
dans un club
vraiment institutionnalisé
et tout
c'est souvent
quand il y avait
le gros nom du DJ
écrit en gros quoi
sur le flyer
ou l'affiche
est-ce que
vous avez des questions
oui
moi ma question
elle va suivre
un peu la précédente
déjà merci pour la présentation
c'est intéressant
de voir que
les codes graphiques
de l'époque
notamment tout ce qui est
utilisation de la 3D
un peu à ses prémices
ça suit un peu
comment dire
la volonté
d'expérimenter
et de jouer
avec les nouveaux
outils technologiques
je sais qu'il y a une partie
de l'expo
qui est dédiée
au matériel
pour créer de la musique
et on a beaucoup
d'artistes
qui s'amusent
avec
les nouveaux synthés
et même
les débuts
de la musique
par ordinateur
et qui
aujourd'hui
on est sur
plus
une esthétique
lissée
et avec des objectifs
plus mercantiles
et une musique
aussi
moins marquée
et en tout cas
des événements
moins marqués
de valeur
et d'engagement
etc
moi ce qui m'intéressait
c'est
comment
c'est peut-être
moins votre
champ spécifique
parce que c'est
plus les années 90
sur lesquelles
vous avez travaillé
mais
comment est-ce que
ça a transitionné
en fait
de l'un à l'autre
les années 2000
graphiquement
qu'est-ce qui a changé
et qu'est-ce qui
c'est
voilà
c'est intéressant
je pense que ça passe
par les logiciels
tous les outillages
qu'on utilise
oui
je pense que
avec l'arrivée
de la 3D
je pense que
comme tu dis
il y a beaucoup
de gens
de graphistes
qui du coup
ne savaient pas du tout
utiliser les logiciels
de 3D
et qui sont juste
amusés
comme un DJ
l'aurait fait
en découvrant
une nouvelle machine
ou en samplant
des trucs
qu'ils ne connaissaient pas
du tout
je pense que
c'est là
où j'explique
que pour moi
il y a une vraie
liberté visuelle
c'est qu'en fait
les graphistes
ils découvraient
en même temps
que le public
les logiciels
et c'est pour ça
qu'il y a des 3D
lunaires
de trucs
complètement difformes
etc
parce que je pense
qu'ils étaient en train
de découvrir
en fait
je pense que
il y avait une volonté
aussi
de faire des choses
un peu
tchernobylesque
mais je pense
que
c'était le moment
où ils découvraient
tout ça
et c'est là
que j'ai trouvé ça
hyper beau
c'est qu'ils ne se sont pas
dit
on ne maîtrise pas
le logiciel
donc on ne va pas
les utiliser
parce qu'on ne sait pas
faire
et on a peur
ils se sont dit
on y va à fond
on va créer des trucs
qui parfois
ressemblent à rien
mais on est trop fiers
de faire ça
parce que
c'est l'effervescence
ça vient d'arriver
allons-y à fond
et en fait
il y a beaucoup
de flyers
de cette époque
où il y a de la 3D
mais à profusion
dans tous les sens
parce que
je pense
qu'il y a aussi
une fascination
à cette époque
pour toute l'arrivée
des technologies
alors je pense
qu'il y a à la fois
une fascination
et un peu
une peur
similaire
de toutes les avances
de technologie
de se dire
ils vont voler
nos métiers
mais je pense
avec l'arrivée
de la 3D
il y a eu vraiment
un bouleversement
graphique
qui est arrivé
et je pense
que c'est une des époques
que j'ai le moins étudié
mais qui m'intéresse
le plus
étonnamment
avec du recul
j'aurais peut-être
dû étudier ça
mais je pense
visuellement
c'est assez chaotique
mais c'est chaotique
dans le bon sens
je veux dire
que là aujourd'hui
il y a beaucoup
de collectifs
qui continuent
d'utiliser la 3D
et qui continuent
d'utiliser
des logiciels
de plus en plus performants
et de plus en plus
réalistes
je pense
notamment au Vijing
j'ai pas mal
de potes
qui font du Vijing
et qui utilisent
des trucs
on dirait
de la photo
tellement c'est réaliste
et je pense
que
je pense
que c'est pas
tout à fait
la même
c'est aussi
une démarche
créative
je la dénigre pas
mais je pense
que c'est pas
trop la même démarche
où à l'époque
c'était un peu plus naïf
dans la manière
de l'utiliser
mais c'est vrai
qu'aujourd'hui
la 3D
est toujours aussi présente
je pense
notamment à tout ce qui est
typochromé
c'est vraiment le truc
qui revient le plus
je trouve
dans les flyers
enfin dans les flyers
dans les communications
de teuf
aujourd'hui
c'est le chrome
et la 3D
tu dis la type
en fait
aussi la type
la typographie
elle a un peu
un regain d'intérêt
depuis je sais pas
peut-être une dizaine
d'années
un peu plus
ou comme à ce moment là
on expérimentait
du coup la 3D
il y a eu
une période
dans les beaux-arts
mais pas que les beaux-arts
où les cours
liés à la typographie
ont pris une présence
forte
et du coup
je pense que ça a participé
à créer
à nouveau
un centre d'intérêt
à cet endroit là
et ça se voit
parce que beaucoup
de flyers
ont un regard portier
sur la typo
c'est vraiment
un élément central
il y a de plus en plus
aussi de jeunes
qui vont expérimenter
parce que les logiciels
on peut les craquer
et du coup
c'est quelque chose
de très accessible
donc il y a des choses
assez farfelues
qu'on peut trouver
sur le champ
de la typographie
même si c'est moins
peut-être crazy
que la 3D
dans les années 90
mais voilà
pour aller à notre époque
j'ai l'impression
que là c'est là
où il y a quelque chose
qui se joue un petit peu
je ne sais pas
si on a répondu
à tout ce que tu
ok
moi c'est une question
très rapide
tu as parlé de
Vijing
oui
tu pouvais juste expliquer
ce que c'est
ah pardon
le Vijing
c'est le fait
de projeter
en temps réel
enfin en direct
quelque chose
lors d'un événement
de soirée
donc de musique électronique
mais pas que
mais là on parle de ça
et en fait
c'est des gens
qui vont être
sur des machines
en live
et projeter
donc c'est du vidéo
jockey
ouais c'est ça
je ne dis pas de bêtises
donc c'est vraiment
pour faire référence
au DJ
sauf que lui
il va mixer des images
en temps réel
et les projeter
dans la salle
et du coup
c'est quelque chose
qui existe depuis
très longtemps
dans le sens où
avant c'était fait
avec des projecteurs
un peu à l'arrache
et pas forcément en live
le côté de
de mettre des visuels
pendant les soirées
maintenant c'est quelque chose
qui se fait presque
systématiquement
j'ai l'impression
enfin en tout cas
dans les soirées
assez organisées
de faire intervenir
quelqu'un qui va être payé
au même titre
que le DJ
pour faire
des animations
et des visuels
en live
et souvent c'est d'ailleurs
de la 3D
qui sont fait
avec des logiciels
en direct
et même parfois
les 3D
sont générés
en live
et tout
c'est un métier
qui est de plus en plus
démocratisé
je trouve
voilà
je ne sais pas si c'était clair
merci
déjà merci pour la présentation
c'était très intéressant
ce que je trouvais
très intéressant aussi
c'était vraiment
la remarque
de la grille
et de ce retour
de la grille
je pense notamment
aux réseaux sociaux
c'est des grilles
et on nous demande aussi
je pense en tant que créatif
d'être beaucoup plus
multi-surface
donc quand on crée
quelque chose
il ne faut pas
que ce soit flou
il faut que ce soit
adaptable
au post Instagram
en même temps
sur Facebook
en même temps
imprimable
et aussi peut-être
cette presque
assistance technologique
par exemple
sur Photoshop
ou d'autres logiciels
on a maintenant
de plus en plus
on a la barre
qui se met
qui nous dit
ah là c'est droit
là c'est pas droit
attention
oui voilà
et du coup
je me posais un peu
cette question
peut-être avoir
votre retour
sur est-ce qu'il n'y a pas
un peu
une sorte d'annexation
en fait
de cette ligne droite
qui s'interpose
un peu
avec l'erreur humaine
enfin voilà
maintenant aussi
on peut détourer
automatiquement
et en fait
on permet un peu
de combler
l'impatience
en fait
peut-être voilà
sans ça
on commence à détourer
puis à la fin
on se dit
bon
maintenant j'ai la flemme
et du coup
je vais laisser ça
comme ça
un peu plus sauvage
et comment est peut-être
ce rôle aussi là
de cette assistance
de cette assistance numérique
et est-ce que des fois
enfin vous voyez peut-être
du coup
le retour au papier
un peu aussi
comme une forme
de résistance
mais du coup
comment réintégrer
aussi le retour
du papier
dans les exigences numériques
et voilà
très bonne question
merci
je pense que
déjà
comme tu disais
quand toute cette esthétique
post-moderne
a commencé à avoir le jour
donc déjà
le punk
c'était déjà
ces questions-là
de détruire la grille
qui ont été imposées
par toutes les grandes marques
justement le graphisme suisse
où on s'est dit
on va faire quelque chose
le plus propre possible
le plus lisible possible
avec la grille
du graphisme suisse
et tout
quand il y a eu
le post-modernisme
juste après ce mouvement
c'était justement
ces questions-là
sortons de la grille
arrêtons de
de vouloir tout le temps
respecter
la ligne droite
etc
et je pense
comme tu disais
aujourd'hui
le logiciel
aujourd'hui
il nous contraint
beaucoup je pense
dans sa manière
après c'est nous aussi
qui nous mettons les contraintes
parce que rien ne nous empêche
de mettre le truc de côté
mais je pense que
le logiciel a une grosse influence
sur notre manière
de travailler
dans le sens où
il y a forcément un biais
même si c'est censé
être des logiciels
qui sont
polyvalents
et qui sont neutres
entre guillemets
pour la manière de créer
je pense que
dans un sens
ça impose
une certaine rigueur
une certaine
une certaine
ça tend vers ça
ça tend vers la rigueur
l'anarchie
la déconstruction
c'est sur InDesign
tu veux mettre ton texte
de biais
c'est la croix
et la bannière
un truc tout bête aussi
c'est qu'on n'en a pas
forcément montré
aujourd'hui
mais si vous allez voir
dans l'expo
il y avait aussi
au niveau du format
tu en as montré
un peu dans ton
dans Extract
c'est qu'il y avait
des formats
qu'on ne trouve pas
aujourd'hui
maintenant on veut
faire un visuel
on a de base
quelque chose d'imposé
c'est du A4
du A5
du A3
et avant
on avait des flyers
en triangle
on les découpés
en forme de
de n'importe quoi
voilà c'est ça
on avait des formats
bâtards qui n'existent pas
et du coup
ça avait déjà
une liberté
imposée par le papier
le découpage
le collage
c'est un truc
aujourd'hui
on n'y penserait
même pas
une seconde
d'avoir un format
triangle
d'avoir un format
j'en ai un
dans mon mémoire
je crois
c'est une maison
ils sont allés découper
un format de maison
c'est vrai qu'aujourd'hui
quand tu ouvres
une design
tu ne te dis pas
attends je vais reformater
mon pichier
pour que tu aies
un format de maison
c'est aussi les coûts
parce que c'est
tu peux peut-être
encore le faire
chez certains imprimeurs
c'est de l'emporte-pièce
c'est un budget de tarif
c'est un budget de tarif
mais déjà à l'époque
c'était pas pour
des petites soirées
pour des petites rêves
c'était plutôt pour
des gros trucs
les méga rêves
j'en parle dans mon mémoire
mais la plupart
des flyers
les plus
déconstruits
en termes de format
je veux dire
donc des formes de maison
il y en avait un aussi
c'était en forme de cochon
découpé
ce genre de format
c'était que pour
les collectifs
qui avaient vraiment
les moyens
de faire de l'emporte-pièce
c'est un vrai budget
mais du coup
on dérive la question
mais oui
c'est sûr qu'il y a
une standardisation
qui nous bloque
que ça soit sur le papier
ou sur le digital
tout répond à des formats
des...
je pense
il y a aussi beaucoup
le format de l'écran
qui est hyper normé
que ça soit l'iPhone
ou l'écran d'ordi
c'est 1920 par 1080
ou 1080 par 1920
et en fait
ce format
il nous restreint beaucoup
et je pense que ça a une influence
sur après nous
même la manière
dont on conçoit le print
elle est influencée
par notre
normalisation de l'écran
en fait
enfin je pense
je pense que c'est ça
et puis même
comme je disais
en tant que directrice artistique
je bosse beaucoup
sur les réseaux sociaux
et le format
des réseaux sociaux
c'est une contrainte
qui est genre
énorme en fait
et qu'on essaye de
le bypasser
mais ouais
et je pense que l'écran
nous conditionne beaucoup
en fait là-dessus
après on a beaucoup
de créativité
dans ce qu'il y a
dans l'écran
mais le format
est quand même
très restreint
et la règle
et le...
ouais je pense
après tu parlais aussi
de lutter
dans ta question
pour un retour au papier
ou pour comment justement
sortir de ces schémas là
c'est qu'au niveau associatif
j'ai l'impression
enfin
le papier il a toujours
une existence
dans les contre-cultures
auprès des petits événements
des choses plus
de leur doigt associatives
ou de petites structures
mais évidemment
pour ramener ça
à des plus grandes échelles
je ne sais pas
bonne question
moi j'ai une autre question
en fait j'en ai plein
qui s'adresse plus
à Mélina et Romain
pour savoir comment
vous avez aussi
travaillé spécifiquement
sur cette expo
avec une démarche
qui doit être
une démarche de création
tout en essayant
de reprendre des codes
un graphique
qui sont dans
sur les flyers
qui sont exposés
etc.
tu veux commencer ?
comme tu veux
tu commences ?
ouais bah moi
je dirais qu'en vrai
c'est marrant
parce que très vite
le travail de Julia
et de Extract
il est venu un peu
comme une référence
quand on a un peu
posé les premiers éléments
avec Romain
et en fait
je pense au début
on a été un peu pris de panique
en fait on avait
une masse de visuels
énormes
et c'était
très chargé
et on était
mais qu'est-ce qu'on va faire
de tout ça
très peu de temps
aussi
et en fait
là on avait parlé
un peu de ton procédé
aussi
d'aller un peu
le fait d'avoir isolé
des éléments
de les avoir
recadré
d'avoir
en fait
pris un peu
ce qui nous intéressait
ce qu'on avait envie
de montrer
je pense qu'on est parti
un peu là-dessus
je pense que peut-être
par exemple
on peut commencer par
peut-être avec l'affiche
ouais c'est ça
si tu veux commencer
par parler de l'affiche
ça c'était un peu
tout le challenge
aussi de la communication
de l'expo
c'était comment
synthétiser l'idée
de la ripartie
de cette esthétique
tout en gardant
l'accessibilité
à un public
très large
donc pour ça
on a
on a choisi
quelque chose
de très limité
en termes de
en termes de composition
uniquement quelques typos
là la typo
qu'est la
beach wood
celle qu'on voit
vraiment
en principale
ici
on a décidé
d'utiliser aussi
une seule couleur
du vert
du noir
également
mais un choix
colorimétrique
très restreint
qui faisait
appel et écho
donc au support
des flyers
de l'époque
fait dans une économie
de moyens
également dans une économie
de moyens
il y avait l'idée aussi
de la répétition
du support
alors que ça soit
sur les
JC2co
qui sont donc
les panneaux
d'affichage urbain
ou sur la bâche
qu'on trouve à l'entrée
mais également
sur le programme
d'avoir du coup
un système comme ça
qui puisse dupliquer
enfin exister
en négatif
en positif
et donc
épouser
chaque type de support
d'affichage
et ça faisait
également un écho
à l'affichage
sauvage
qu'on peut trouver
dans les villes
comme ici à Lyon
on en trouve
dans le 7ème
et dans le 1er
à Foison
une fiche populaire
de campagne aussi
ouais
il y avait un peu ça aussi
une fiche populaire
de campagne
c'est vrai que tu trouves
à l'entrée des villages
sur papier fluo
et
il y avait du coup
aussi
ces sortes de volumes
qui étaient là
pour à nouveau
exprimer
un autre concept
qui était celui du rêve
et de la réalité
les volumes
c'est les blocs noirs
ou blancs
ça dépend
qui viennent balayer ce texte
et qui
viennent jouer aussi
l'idée d'un état
entre rêve et réalité
d'état dans lequel
on peut être
dans les soirées
justement par
stroboscope
enfin l'effet
balayage
quoi
ouais
et après pour la partie
un peu plus
séno là
quand on parlait un peu
de détourer des éléments
enfin isoler des textes
etc
en fait on a pris
un peu ce qui nous sautait
aux yeux
justement
je pense que
c'est compliqué
quand on voit un flyer
aussi de
montrer
d'isoler les choses
qui peuvent être
intéressantes
et là par exemple
pour celui-là
je sais plus si j'ai
celui de référence
mais c'était un flyer
où il y avait plein de couleurs
et tout
mais justement
c'était aussi pour montrer
au public
de l'expo
un peu
la liberté créatrice
qu'il y avait
un peu
dans les flyers
et du coup on a fait ça
pour plusieurs choses
je pense qu'on a
isolé aussi
la créature
une démarche
d'extraire des choses
des choses qui sont
des fois tout petites
pour les rendre
complètement immenses
au sein de l'expo
et du parcours
d'exposition
et puis ouais
on a
le fait aussi
d'isoler ces éléments
de les remettre
peut-être
en traces un peu plus
vectorielles
donc ils sont lissés
ils sont aussi
en bichromie
donc il n'y avait
que du vert
et du noir et blanc
ça a permis aussi
un peu
d'apporter aussi
de la légèreté
dans cette exposition
en tout cas
pour le regard
et voilà
ça c'était vraiment
une contrainte
il y avait
la richesse
la foisonnance
d'objets
d'éléments
on avait très peur
aussi d'avoir
du coup une expo
surchargée
avec beaucoup de bruit
beaucoup de choses
visuelles qui se passent
et c'est pour ça
qu'on a essayé
d'imiter
pareil
des typographies
pas trop expressives
non plus
avec un petit twist
par exemple
sur la beachwood
avec ses angles
un peu biseautés
mais des choses
relativement simples
et minimalistes
pareil
avec cet usage
du vert fluo
qui revient
à plusieurs moments
et qui fait aussi
écho
au travail
de Julia
c'était aussi
grossir la trame
surtout
parce que
ça fait encore référence
c'était des éléments
qui étaient assez petits
et qu'on a scannés
et en fait
il y a des trames
différentes
on avait envie
aussi de montrer
un peu
cette diversité
de matières
qu'on pouvait retrouver
et du coup
il y a beaucoup
de la bichromie
de la trame
du noir et blanc
avec une seule couleur
et du coup
on a essayé
d'être assez minimaliste
finalement
dans ce travail
de scénographie
d'aller à l'essentiel
en tout cas
et voilà
bonsoir
et je voulais savoir
parce que moi
je fais un mémoire
aussi en ce moment
et le thème
c'est du coup
la nostalgie
d'une époque
qu'on n'a pas connue
et je trouve ça intéressant
parce que vous êtes du coup
tous les trois
à avoir travaillé
sur un sujet
qui est du coup
un peu le même
enfin pas vraiment
mais qui a une thématique
pareil
et du coup
je voulais savoir
comment
est-ce que vous avez réussi
un peu à travailler
là-dessus
alors que du coup
vous vous avez pas vécu
ces époques-là
et vous deviez
avoir un travail
surtout
vous qui travaillez
là pour le graphisme
de toute l'expo
etc
comment est-ce que
vous avez réussi
à trouver un peu
votre créativité
et est-ce que vous avez
genre
trouvé votre créativité
et vos
je sais pas comment
expliquer ça
votre identité
ou si vous vous étiez
vraiment basé
sur quelque chose
d'avant
et je trouvais ça
intéressant
le fait que
je sais pas si vous
aviez travaillé
que tous les deux
ou s'il y avait
d'autres personnes
qui avaient du coup
vécu aussi ces époques-là
tout ce style-là
et qui ont travaillé
avec vous
peut-être pour vous guider
aussi
je sais pas trop
quelle était la volonté
je pense que
pour nous trois
on est tous aussi
parmi ce public
des rêves
donc
alors
toi Julia
tu disais oui
on n'a pas connu ça
enfin c'est oui et non
on n'a pas connu
les rêves des années 90
c'est sûr
on a connu celle-là
on a connu celle
des années 2010
on fait partie
de ces communautés
on est acteur
en tant que public
mais aussi en tant
qu'organisateur
parfois
et puis même je pense
je pense que si on était
pas ni public
ni machin
en soi
étudier un mouvement
il n'y a pas besoin
d'avoir une légitimité
je pense
pour étudier quelque chose
voilà
je voulais pas dire
que c'était une contrainte
je rebondis
mais c'était juste
pour dire que
nous c'était peut-être
un peu plus facile
par ces raisons-là
mais qu'en tous les cas
il n'y a pas de question
de légitimité
tu es libre
mais après oui
du coup on a été quand même
en lien avec le pôle musique
pour travailler
sur tout ce travail
d'identité
mais du coup
on a aussi vu
et rencontré personnellement
toutes les personnes
qui étaient
en tout cas une partie
des personnes concernées
par cette exposition
et notamment les collectionneurs
qui nous ont donné
leur matière
et ça c'est vrai que
c'est sûr qu'il y a
on a été légitime
de travailler là-dessus
mais c'est vrai
que ça fait toujours
un peu
un sentiment quand même
un peu bizarre
de se voir raconter
tous ses souvenirs
de quelque chose
à laquelle moi
j'étais à peine née
ou pas née
en fait
mais c'est vrai
que je pense
que
ce qui était
un peu du challenge
là-dedans aussi
c'était justement
de garder
de pouvoir s'approprier
ces images
mais de garder
un peu
de la distance
en tout cas
une notion
de respect
par rapport
à cette matière
et de ne pas
la pervertir
c'est pas le bon mot
mais
de ne pas se l'approprier
mais c'est vrai que
non
oui c'est ça
de ne pas se l'approprier
mais en tout cas
dans ce travail-là
c'est vrai qu'il y a eu
un rapport
en tout cas
de proximité
qui s'est créé directement
alors qu'on a fait
un travail
on va dire plutôt
d'exécutant
mais du coup
c'était là
un peu
la subtilité
de justement
en fait
je veux dire
plutôt
dans un but
de commande
c'est peut-être
pas le bon mot
exécutant
mais dans un but
de commande
et oui voilà
comment on s'approprie
cette matière
mais pour moi
on a fait plus
que justement
de la commande
pour une expo
c'est que vraiment
il y a eu un rapport
qui s'est créé
avec ces acteurs
actrices de l'époque
qui étaient présents
aussi
lors du vernissage
et en fait
ça nous a fait
trop plaisir
de voir que
le message
a été reçu
en tout cas
que ça a été
que ça a plu
en fait
et puis
voilà
les gens ne se sont pas
dit
oh là là
regardez comment
ils sont jeunes
comment ils peuvent
communiquer là-dessus
mais c'est vrai
que c'est assez compliqué
je repense
personnellement
quand j'avais travaillé
sur ces questions-là
et que j'étais étudiante
et que j'avais travaillé
sur le monitor
on avait un peu
enfin Cyril nous en avait
parlé aussi
d'avoir aussi forcément
un peu de réticence
de travailler sur
un sujet
des thématiques
avec lesquelles
justement quand c'est
encore plus une notion
de teuf clandestine
illégale
de qui on est
pour parler de ça
d'où on sort
qu'est-ce qu'on vient faire
enfin avec nos questions
quoi
je pense que le sentiment
de l'imposteur
il revient souvent
enfin je pense
c'est un
en tout cas
dans
je sais que
beaucoup de graphistes
ont ce problème-là
de ce sentiment
de l'imposteur
de se dire
j'emprunte à des choses
que je connais pas
j'emprunte à
je fais référence
à des choses
qui sont pas
mon sujet
ou j'ai des commandes
sur des sujets
qui sont pas les miens
et en fait je pense que
enfin je pense que vous avez
fait la bonne chose
dans le sens que vous avez
rencontré les
les acteurs
de ce mouvement
enfin en fait c'est
c'est aussi ça que j'ai fait
dans ma démarche
de mon projet
de mon mémoire
c'est en fait je me dis
à le moment
où peut-être
ça devient de l'imposteur
c'est quand vraiment
tu l'exploites
sans te poser la question
de qui a fait ça
qu'est-ce qui s'est passé
mais à partir du moment
je pense que tu fais
la démarche
de t'intéresser vraiment
au mouvement
et d'aller faire des interviews
rencontrer des gens
et pour avoir des échos
qui sont hors
de ce que toi
tu perçois
je pense que c'est là
que ça devient vraiment
légitime et intéressant
de traiter le sujet
je pense
pour peut-être
compléter la question
est-ce que tout simplement
c'est pas aussi
une interprétation personnelle
d'une époque
qu'on a pas connue
avec une vision
qui est peut-être
pas si proche
que ça du réel
mais qui est propre
aux graphistes
qui essayent
de se réapproprier
cette époque-là
ou ces codes-là
il y a forcément
une place
à la subjectivité
à l'interprétation personnelle
c'est ce qui
permet aussi
de signer une production
d'être créatif
de proposer
quelque chose d'original
c'est par ton interprétation
que toi
tu te feras
de ton sujet d'étude
oui c'est ça
en fait ce que je dis
au début de mon livre
j'ai tout un texte
où j'explique un peu
ma démarche
et je dis exactement ça
je dis qu'en fait
ce que je propose
dans cet objet
et ce que je propose
comme étude
c'est finalement
à travers mon regard
et à travers
ce dont j'ai pu être
témoin
des visuels
que j'ai vus
et des témoignages
que j'ai eus
mais forcément
c'est hyper biaisé
parce que c'est
ma propre interprétation
et même je pense
même pour les gens
qui étaient là-bas
à l'époque
il suffit qu'ils aient fait
pas forcément
exactement les mêmes soirées
ou pas forcément
les mêmes villes
ou etc
chacun sa propre interprétation
de chaque mouvement
et je pense que
surtout quand on a
une démarche d'auteur
dans des projets
donc moi
dans ma démarche d'auteur
en tant que
réalisatrice de livre
je pense que
c'est hyper important
pour moi
au début de dire
warning
ça c'est mon interprétation
et ça veut pas dire
que c'est la vérité
sur ce mouvement
carrément
oui il y a une autre question
par rapport un peu
au statut
de la signature
du coup
sur le flyer
donc vous avez évoqué
qu'il n'y en avait
pas beaucoup
mais quand il y avait
une signature
qui était présente
quelle place
elle prenait
est-ce que
vous avez aussi réussi
peut-être à retrouver
qui était la personne
et peut-être aussi
votre propre rapport
aujourd'hui
à votre propre signature
est-ce que vous signez
ou pas ?
comment vous voyez
un peu cette question
de poser son nom
et en fait aussi réclamer
un peu en quelque sorte
statut d'artiste
ou d'auteur en tout cas
ou de créateur
sur un support visuel
qui a un peu
vocation à circuler
bah oui c'est vrai
comme tu l'as dit
c'était peu fréquent
sur les flyers
mais comme ça l'est
peu fréquemment
enfin ça l'est
pas fréquent
voilà
sur les
sur des objets
de communication de base
parce qu'en fait
on communique pas
sur l'artiste
qui a fait l'affiche
ou le flyer
on communique
sur l'événement
et sur le collectif
mais je pense que
ça dépend
je pense que par exemple
dans des affiches
de rock psyché
des années 80
des années 70
il y avait aussi
parfois la mention
des illustrateurs
des peintres
qui avaient travaillé
sur l'affiche
je pense que c'est
comment expliquer
je pense que c'est
une posture
qui est un peu
différente
du graphiste
qui par essence
est censé être
un peu dans l'ombre
de
je traite une commande
et c'est là
où je pense
le côté artiste
graphiste
parfois il est un peu
ambivalent
un peu paradoxal
ça dépend de ta pratique
si c'est une pratique
d'auteur
ou si c'est une pratique
plus
on va dire
de commande
il y avait des flyers
à l'époque
quand je parle de PES
qui signaient ces flyers
c'est parce que
c'était un grapheur
et du coup lui
il se considère
comme un artiste
et pas comme un graphiste
et du coup
il travaillait
sur le flyer
et il faisait aussi
la compotipo
mais sa posture
était une posture
d'auteur
plus que de graphiste
c'est ça
et après peut-être
pour rajouter
un élément propre
à cette période là
et à ce milieu là
c'est aussi
que c'était souvent
des fêtes
qui étaient illégales
et le graphiste
qui signait ces flyers
comme c'est arrivé
plusieurs fois
à Denis Choblet
qui en a fait beaucoup
c'est que c'était
le premier
qui était identifié
par les pouvoirs publics
et qui se retrouvait
emmerdé quoi
en fait
et convoqué
il n'allait même pas
au teuf
alors qu'il n'était
même pas forcément
participant
non il n'y était pas
il faisait partie
de leur gars
en faisant ça
il était
mais c'est pour ça
il y a beaucoup
de flyers
où l'idée
ne leur venait même pas
de mettre le nom
de qui que ce soit
dessus
et bien on est arrivé
à la fin
de cette séance
je vous remercie
beaucoup
merci
merci
à tout le monde
d'être venu
et j'encourage
tout le public
s'il n'a pas encore
visité l'expo
à y aller
puisque même
elle est adoubée
par Julia
donc n'hésitez pas
et je vous encourage
aussi à consulter
le programme
d'action culturelle
associée
puisqu'il y a encore
pas mal de choses
qui seront proposées
tout le long
du mois d'octobre
merci à tous
A propos de la conférence
À l’occasion de l’exposition "Entre rave et réalité", Julia Von Dorpp, spécialiste des cultures visuelles, échange avec Mélina Makhlouf et Romain Guillo, graphistes, sur l’esthétique rave et le flyer comme manifeste. Ils explorent ensemble la réinterprétation de ces codes, entre archives et création, mémoire collective et récit visuel, mêlant fête, graphisme et culture club.
Les intervenants
Julia Von Dorpp, directrice artistique et graphiste freelance
Diplômée de la Haute École des Arts du Rhin où elle a consacré son mémoire à la communication visuelle des raves, son travail explore le design digital, l’édition et le motion design avec une approche transversale et expérimentale.
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Mélina Makhlouf, designer graphique et photographe
Mélina Makhlouf développe une pratique transversale à la croisée du graphisme, de la photographie et du documentaire. Son travail s’appuie sur une approche de terrain, mêlant enquête, collecte d’archives, témoignages et immersion au sein des milieux qu’elle documente.
Depuis plusieurs années, elle travaille comme photographe auprès de différents collectifs lyonnais, portant une attention particulière aux scènes festives et à leur dimension politique. Elle explore la fête comme un espace d’expression, de rassemblement et de résistance.
Elle rejoint en 2022 Bugne Bugne, revue indépendante dédiée à la scène électronique et alternative lyonnaise, dans laquelle elle fait partie du comité de rédaction et prend en charge la communication de la revue.
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Romain Guillo, graphiste fait partie de l’artist-run space monopôle qu’il a rejoint en 2021
Fort d’un intérêt pour le dessin de la lettre, il développe ses propres langages et signes, opérant principalement dans le champ de l’édition. Il travail avec divers acteur·ices de la scène musicale, notamment avec la revue Bugne Bugne (revue sur la scène électronique et alternative lyonnaise) dont il dirige la direction artistique depuis 2019. Romain Guillo fait partie de l’artist-run space Monopôle qu’il a rejoint en 2021
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Entre rave et réalité : les musiques électroniques à Lyon dans les années 90
Plongez dans l’histoire de l’émergence du mouvement électro à Lyon.
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