Du marché-gare de Perrache au marché de gros de Corbas
En 2009, avec la fermeture du site du Marché-gare à Perrache, s’est tournée une page de l’histoire commerciale et urbaine de la ville de Lyon. Près de 50 années d’échanges et de tractations au milieu des allées et venues incessantes de camions et de wagons. Nous vous proposons de revivre ensemble un peu de cette histoire économique de la Métropole de Lyon afin de mieux comprendre les tenants et les aboutissants du transfert à Corbas…
Les débuts du marché de gros
Dès l’antiquité romaine, Lyon acquit une renommée de ville commerciale. Cette réalité s’accentua à partir du XVe siècle, sous le règne de Louis XI, ainsi que dans la première moitié du XVIe siècle, avec la tenue de foires. S’y rendaient marchands et banquiers venus des contrées limitrophes. Lyon acquit alors une richesse et une renommée universelle qui font toujours d’elle, une ville de marchés.
L’apparition des premiers marchés de gros date du XIXe siècle, juste après la révolution industrielle. Le tout premier marché de gros de Lyon s’implanta sur le quai de l’Archevêché, sur les bords de Saône, plus précisément sur la place de Roanne (puis quai de la Bibliothèque). Ce marché appartenait à la Ville de Lyon et avait lieu exclusivement le matin.
Là étaient vendues les denrées venues du sud de la ville, notamment de la haute vallée du Rhône. Ce marché de gros, au début embryonnaire, connut un essor considérable, se répandant vers le nord. Au fil des années, le quai de la Bibliothèque acquit le monopole des produits locaux et régionaux.
Sur le quai Saint-Antoine, de l’autre côté de la Saône, se vendaient surtout des produits importés de Provence, de Catalogne. Ce marché fonctionnait le matin et l’après-midi.
Au fil du temps, de nombreux grossistes vinrent de tout le pays pour implanter leur entreprise à Lyon. De plus, le développement du chemin de fer permit l’accélération de l’acheminement en fruits et légumes. Au fret ferroviaire, s’ajouta l’essor des moyens de communication (télégraphe, poste et téléphone) qui contribuèrent à améliorer énormément les échanges des denrées périssables.
Un inconvénient de taille : aucun de ces deux marchés ne pouvait bénéficier de structures permanentes, seules étant tolérées les tentes démontables et provisoires. Aussi, les grossistes étaient-ils soumis implacablement aux aléas climatiques et à leurs effets parfois dévastateurs !
Quelques références utiles :
- Travailleurs et métiers lyonnais/Justin Godart, réimpréssion de l’édition de 1909. Le chapitre intitulé « Lyon marchand » vous en apprendra davantage sur la tradition commerciale de la ville et les différentes raisons (politiques, religieuses, économiques ou encore géographiques) qui l’expliquent.
- Histoire des marchés lyonnais/Laurent Gouat (2007).
Présentation d’une histoire du commerce des fruits et légumes à Lyon, suivi d’un historique du marché-gare.
Le « marché-gare » : 1961-2008
Dès le début des années 20, la création d’un marché de gros, durablement installé, devint une priorité pour l’ensemble de la profession. Parallèlement, la Ville de Lyon souhaitait mettre fin aux problèmes de circulation et de stationnement qui perturbaient le travail des négociants et des acheteurs. En 1938, un premier devis fut adopté par le Conseil municipal.
De tous les sites possibles où implanter le futur marché, on retint l’emplacement situé aux confins de la presqu’île de Perrache (ancienne gare d’eau). Malheureusement, la Seconde Guerre mondiale interrompit le projet, qui d’ailleurs, ne remportait pas l’unanimité.
Dès la Libération, les Services Techniques de la Ville réalisèrent un nouveau plan. Ce dernier ne vit pas non plus le jour car il soulevait un grand nombre de questions et de problèmes insolubles autour du financement.
L’idée refit surface définitivement dès l’année 1950. L’avant-projet fut adopté en Conseil municipal (à l’unanimité), sous le mandat d’Edouard Herriot, en août 1950. En 1952, la Déclaration d’utilité publique était obtenue et un premier emprunt autorisé par le Ministère de l’Intérieur. Le projet définitif fut adopté le 17 janvier 1955 et l’on entreprit les premiers travaux dès l’année suivante.
Un projet à la fois local et national
Ce projet de transfert coïncida avec l’élaboration d’un programme d’implantation d’un réseau de Marchés d’intérêt national (MIN) par le gouvernement. Le but en était la normalisation des circuits de distribution des denrées alimentaires et la lutte contre la forte inflation que connaissait le pays.
L’implantation de MIN était destinée à régler le problème de l’approvisionnement des grandes agglomérations en :
- rationalisant la distribution,
- organisant la concurrence,
- améliorant la qualité des produits.
Le marché de Lyon fut classé comme marché d’intérêt national en janvier 1966. On l’appela rapidement « marché-gare » (plutôt que gare-marché) en raison de sa proximité avec la gare de Perrache et la desserte ferroviaire dont il jouissait.
A lire :
Pourquoi pas Perrache ?, pp. 20-21. Cet ouvrage a été édité à l’occasion de l’exposition qui s’est tenue aux Archives Municipales de Lyon en novembre 2002.
Les nouvelles installations du Marché de gros
Construit sur l’emplacement de la gare d’eau de la compagnie Seguin, le marché-gare de Perrache ouvrit pour la première fois ses portes aux acheteurs le mardi 9 mai 1961. Le site était idéal, puisque placé au centre de l’agglomération lyonnaise, desservie à la fois par la route et le chemin de fer.
La surface totale du marché est de 16 hectares avec une superficie couverte de 86 723 m².
Les installations du nouveau marché se sont axées autour de deux idées assez novatrices pour les années 60 :
- imposer le marché comme un véritable centre commercial pour le commerce de gros polyvalent,
- faciliter les manutentions avec des bâtiments fonctionnels.
Les magasins des grossistes ont été livrés sans aménagements préalables. Les commerçants réalisèrent eux-mêmes les installations nécessaires à leur négoce.
Des ouvrages sur la naissance du marché-gare et son histoire :
- Ville de Lyon, marché de gros (1956)/Comité pour l’aménagement et l’expansion économique de la Région lyonnaise.
- Marché international de gros de Lyon, 1961-1971.
- Marché international de gros de Lyon, édité par la Sogely.
- Marché international de gros de Lyon : dossier d’informations.
- Marché international de gros : revue d’informations, n°1, 1961-n°5, 1963.
Les raisons de la délocalisation
Dès les années 80, l’idée d’un transfert commença à émerger dans les idées. La concrétisation du projet s’accéléra notablement pendant le mandat de Raymond Barre (1995-2001).
Le site avait atteint le paroxysme de l’inadéquation :
- exiguïté des installations (dès 1967, tous les « carreaux » furent concédés),
- vétusté des infrastructures, finissant par leur conférer une certaine dangerosité,
- impossibilité de modernisation,
- impossibilité d’extension du site, cerné par le fleuve, le rail et l’autoroute.
Lyon était ainsi « condamnée à innover » ! L’idée d’une délocalisation sonnait d’autant bien aux oreilles des politiques locaux, que dans le même temps, ils envisageaient la reconquête du sud de la presqu’île. Toutefois, la gestation du projet fut longue. Si le consensus portait à la fois sur la nécessité de la délocalisation comme sur le lieu de la future implantation : la zone d’activités de Mions-Corbas, les incidences législatives n’étaient pas simples à résoudre : étant le premier MIN à se voir transférer, il n’y avait aucun modèle sur lequel se calquer : tout restait à faire ! Il fallut inventer la démarche ainsi que les modifications nécessaires à apporter à plusieurs articles du texte de loi fondateur.
Le principal point d’achoppement entre les professionnels et les politiques fut le montant des efforts financiers que la communauté urbaine de Lyon (propriétaire du terrain) étaient prête à consentir. De leur côté, les grossistes revendiquaient sur plusieurs points :
- devenir propriétaires de leur outil de travail,
- participer à la gestion du site,
- garder un droit à la revente du fonds de commerce,
- pour les entreprises familiales (qui auront du mal à supporter le poids financier d’un déménagement et qui donc, cesseront leurs activités), une indemnité compensatoire pour les droits dont elles durent s’acquitter pour utiliser l’espace du MIN, espace qu’elles ne pourront revendre.
L’acceptation comme le refus de telles revendications conditionnent le montage juridique et financier du projet.
En 2001, avec l’arrivée de la nouvelle municipalité, le dossier stagna quelques temps. Le projet fut relancé à la faveur d’un autre, que le maire de Lyon, Gérard Collomb avança : créer un pôle de loisirs et de commerce avec un point d’ancrage au sein du quartier de la confluence. Le projet du transfert du marché de gros à Corbas était relancé.
Le décret de déclassement du MIN, en décembre 2006 remit l’opération « sur les rails » en la faisant entrer dans une phase de concrétisation décisive. Les premiers travaux de construction et d’aménagement débutèrent la même année pour une livraison finale à la fin de l’année 2008.
A lire afin de mieux comprendre les tenants et les aboutissants du projet :
Lyon, le nœud gordien du MIN, article de Martine Allaman publié en 2002, dans la revue d’urbanisme Diagonale.
Le site de Corbas
Une adaptation aux besoins de tous
Le site de Lyon-Corbas, a été inauguré le 5 janvier 2009. Ce jour-là, 18 grossistes et 70 producteurs ont accueilli leurs tout premiers clients.
Les nouvelles infrastructures ont été adaptées aux besoins tant des professionnels que de leurs clients (comme aux nouvelles normes sanitaires) :
- 2 bâtiments face à face, longs de 300 et 350 m,
- 35.000 m² de surface totale (27.000 m² dédiés à la seule conservation des produits),
- un site de 11 hectares relié à l’ensemble des infrastructures de transports (autoroute, port Edouard-Herriot ou encore l’aéroport Lyon-Saint-Exupéry). De plus, l’achat du terrain de Corbas a permis un rapprochement avec les entreprises agroalimentaires de la zone industrielle Lyon Sud-est,
- la proximité d’avec Lyon (le site n’est distant que de 12 km),
- l’obtention de baux commerciaux de 18 à 99 ans, pour des grossistes qui avaient longtemps été privés de propriété commerciale.
Un nouveau statut
Jusqu’alors géré par une société d’économie mixte (la Sogely, Société pour la Gestion du MIN de Lyon, créée en 1960), le MIN a cédé définitivement la place à une structure privée. Les grossistes se sont en effet regroupés en association professionnelle : l’Association syndicale Libre (ASL), pour assurer la gestion du site. Premier MIN à avoir été déclassé, on l’appelle désormais « marché privé de gros ».
L’idée de la CCI est de faire du site de Corbas le premier pôle agroalimentaire du sud de l’Europe grâce à son implication dans l’association CORB’AGRO LYON.
Des infrastructures adéquates
Les grossistes ont accepté une certification afin de garantir la traçabilité des denrées. L’ensemble de la profession souhaite en effet participer à l’amélioration de l’image de la filière en agissant sur le haut niveau de qualité exigé par la filière.
Aussi, de nombreuses choses ont-elles été revues, voire créées, comme :
- l’optimisation de la gestion des déchets (bennes compactrices, points de collecte…),
- l’amélioration pour la circulation des poids-lourds (à Perrache, les voiries étaient devenues trop étroites pour les gabarits des camions modernes),
- la construction de bâtiments sans étages pour faciliter les manutentions…
Dans la presse :
- Grossistes. Le marché de gros ouvre à Corbas. In : Agir & entreprendre : le magazine du groupe Cci de Lyon, n°18, novembre-décembre 2008, p. 7.
- Le Marché de gros à Corbas en 2008. In : Bref Rhône-Alpes : la lettre d’informations économiques.
- A Lyon, le marché de gros s’offre de nouveaux murs. In : Les Echos, 24 janvier 2008.
Article publié le 24/12/2008, modifié en juillet 2026.