Pour une forêt primaire en Europe de l'Ouest
Francis Hallé, biologiste et botaniste reconnu, vient présenter son projet de réimplantation d'une forêt primaire en Europe de l'Ouest qu’il défend dans son ouvrage Pour une forêt primaire en Europe de l'Ouest. Un projet écologique à contre-courant de notre société de l’immédiateté et qui n’est pas sans rappeler le temps consacré à la construction des cathédrales…
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Conférence du 6 avril 2022 à la bibliothèque de la Part-Dieu.
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Transcription
Bonsoir à toutes et à tous. Merci d'être là ce soir pour la nouvelle conférence du cycle Pensée Critique.
Ce soir, nous sommes ravis d'accueillir M. Hallé, qui descend tout juste du train.
On va lui laisser un petit temps de respiration.
Nous avons souhaité le faire venir ce soir pour nous présenter son projet
pour faire naître une forêt primaire en Europe de l'Ouest.
Juste avant de commencer, je rappelle juste pour ceux qui peut-être le connaissent plus ou moins bien,
M. Hallé est donc biologiste, dendrologue.
La dendrologie, c'est la science de reconnaissance des arbres.
Non, ça, je ne mets pas. Bon, botaniste.
Vous êtes surtout un fervent défenseur du monde végétal.
Vous êtes fait connaître du grand public pour les travaux que vous avez menés sur l'architecture des plantes
et également sur le fameux radeau des cimes, ce dispositif assez étonnant
qui est posé sur les canopées des forêts équatoriales pour mieux les étudier tout en les préservant.
Voilà. Et vous êtes également auteur, enfin, il y en a beaucoup d'ouvrages.
J'en cite juste quelques-uns.
Donc, Élange de la plante, Plédoyer pour l'arbre.
Et puis, tout récemment, vous avez sorti un manifeste, justement,
qui est emprunté, donc je n'ai pas pu l'amener ce soir,
un manifeste pour une réintroduction d'une forêt primaire en Europe de l'Ouest.
Donc, je vais laisser la parole à M. Hallé qui, donc, va présenter tout ceci.
Donc, vous commencez par présenter.
Puis, je crois que les questions peuvent fuser.
Enfin, voilà, n'hésitez pas.
Si j'ai bien compris, on fonctionne plutôt comme ça.
Voilà. Donc, n'hésitez pas à poser des questions
dès que vous en avez une qui vous passe par la tête.
Et puis, voilà, je crois que j'ai à peu près tout dit pour le moment.
Je vous laisse parler.
Merci beaucoup. Eh bien, bonsoir, mesdames et messieurs.
Peut-être... Prenez votre micro.
Il marche, là ?
Oui.
Vous m'entendez ? C'est bon ?
Un projet ambitieux et certainement quelque peu utopique,
faire renaître une forêt primaire en Europe de l'Ouest.
C'est quoi une forêt primaire ?
C'est une forêt qui n'a jamais été exploitée depuis son origine.
Bon, alors, il ne faut pas se faire trop d'illusions.
Il n'y en a pratiquement plus sur la planète.
Donc, il faut compléter un peu cette définition.
Une forêt qui n'a jamais été exploitée depuis son origine.
Et si elle l'a été, un temps suffisant s'est écoulé
pour que le caractère primaire ait pu réapparaître.
Ça réapparaît. Simplement, c'est très long.
Ça se compte en siècles.
Mais ça, ce n'est pas notre faute.
C'est la lenteur de la croissance des arbres qui est en cause.
Bon, alors, ça, c'est une définition.
Mais ça ne suffit pas comme description.
Je voudrais vous dire que la forêt primaire,
où qu'elle soit dans le monde, d'ailleurs,
tropicale ou tempérée,
c'est le maximum de fixation du gaz carbonique.
C'est le maximum de stockage du carbone
dans des troncs qui sont, effectivement,
beaucoup plus grands que ce qu'on a l'habitude de voir
et beaucoup plus gros.
Bon, ça stocke très, très bien le carbone.
Ça alimente les nappes phréatiques avec de l'eau pure
qui se contente de suivre le tracé des racines.
C'est aussi le maximum...
C'est très important.
C'est le maximum de diversité biologique.
Si vous cherchez la biodiversité maximale
dans une région quelconque du monde,
peu importe la latitude,
peu importe le climat,
cette biodiversité maximale,
vous la trouverez en forêt
et surtout en forêt primaire.
Qu'est-ce que j'oublie ?
Ah oui, une chose qui est pour moi très importante,
c'est que la forêt primaire,
elle est beaucoup plus belle que les autres.
Je suis très sensible à la beauté en biologie,
bien qu'on en parle rarement dans les livres.
Attendez, je voudrais vous expliquer pourquoi.
Si je vous parle de concentration d'ions minéraux dans le sol
ou bien de biodiversité,
soit vous me croyez sur parole,
soit il va falloir faire des mesures
qui vont vous prendre des mois et des mois
pour voir si c'est vrai.
Tandis que la beauté,
vous rentrez dans la forêt
et vous vous dites
« Non, ça, alors, j'ai jamais vu une forêt aussi belle. »
C'est immédiat.
Et je pense que c'est immédiat pour tout le monde.
Donc la beauté a une grande place là-dedans.
En quelque sorte,
cette forêt primaire,
c'est un optimum écologique.
On ne peut pas faire mieux
dans tous les domaines.
Alors évidemment,
c'est ce dont on a besoin
dans notre époque compliquée
où on doit faire face
à des dérèglements
climatiques et écologiques en général.
Nous avons,
nous avions, je devrais dire,
une forêt primaire en Europe.
Pas deux, une.
Bialo-Vieja en Pologne,
dans l'est de la Pologne,
entre Varsovie
et la frontière de Biélorussie.
Ce n'est pas vraiment le moment
d'aller voir ça maintenant.
Ah, c'est une forêt
que j'ai eu la chance de voir
il y a quelques années
et ça m'a laissé un souvenir inoubliable,
précisément par sa beauté.
Bialo-Vieja.
Nous avions Bialo-Vieja
parce que je ne sais pas
si vous suivez l'actualité polonaise,
mais le gouvernement actuel,
Andrzej Douda et son équipe,
l'écologie ne les intéresse absolument pas.
D'ailleurs, il y a beaucoup de choses
qui ne les intéressent pas, ces gens-là.
Il ne faut pas dire du mal de la Pologne,
mais ce gouvernement,
je pense que c'est une catastrophe.
Donc ils ont décidé
décidé d'exploiter Bialo-Vieja
parce que c'est vrai
que quand vous voyez des chaînes énormes
qui couvriraient plusieurs mètres de diamètre,
vous savez le genre de profit
que vous pouvez en tirer.
C'est ça qui les intéresse.
L'écologie et les siècles prochains,
ça semble ne pas les concerner.
Je ne comprends pas comment on arrive
à être buté et borné à ce point-là.
Quoi qu'il en soit,
l'exploitation forestière de Bialo-Vieja,
elle est actée
et elle est même commencée.
Si cette forêt-là est détruite,
et là, je crois que c'est inéluctable,
nous n'aurons plus en Europe
que des forêts secondaires
puisqu'il n'y en aura plus de primaires.
Moi, ça ne me convient pas.
J'ai passé toute ma vie
dans les tropiques
à chercher les forêts primaires.
J'en trouvais.
Il n'y en a plus beaucoup,
mais enfin, on en trouve
en Afrique, en Amérique, en Asie,
en Mélanésie.
On arrive à en trouver.
Je rentre en Europe.
Plus de forêts primaires.
Ça ne me convient pas.
Je pense que les Européens
ont le droit de voir ça.
Et d'ailleurs,
la destruction extrêmement probable
de la forêt de Bialo-Vieja,
c'était à l'origine de notre projet.
Refaire, favoriser la renaissance
d'une forêt primaire
ici, plus près de nous.
Une forêt secondaire,
bon, ce n'est peut-être pas la peine
de la définir.
Enfin, je vais en dire un mot tout de même.
Elle a été exploitée.
Donc, il y a des trous dans la canopée
puisqu'on a fait tomber les arbres.
À chaque fois qu'on fait tomber un arbre,
il reste dans la canopée
la trace de sa couronne.
Et comme on en fait tomber beaucoup,
la canopée, elle est pleine de trous.
Et par conséquent,
le sol est très lumineux.
Normal, puisque la lumière passe par là.
Et par conséquent,
il y a énormément de plantes
dans le sous-bois
puisqu'il y a de la lumière.
Donc, c'est difficile à traverser.
Ça peut vous surprendre,
mais une forêt primaire,
au contraire,
vous pouvez courir là-dedans.
Si vous avez un VTT,
vous pouvez faire du vélo.
C'est très facile de passer
parce que la canopée
est totalement fermée.
Donc, il fait très sombre.
Donc, il n'y a pas de plantes.
Enfin, je dis pas de plantes,
j'exagère.
Il y a trois petites herbes
qui...
Voilà, ça ne gêne absolument pas
pour passer.
Un point important,
j'aurais dû insister là-dessus,
c'est qu'une forêt,
c'est pas seulement des arbres.
C'est aussi les animaux
qui vont avec.
Quand je dis qu'il n'y a plus
de forêt primaire en Europe,
les Marseillais,
ils me disent, oh, con.
Mais il y a la Massane,
il y a la forêt de...
Comment s'appelle-t-elle ?
Je ne sais plus.
Ils ont une forêt au-dessus de Marseille
dont ils sont extrêmement fiers.
Ils me disent, mais c'est primaire.
Non, désolé, c'est pas primaire.
La forêt est belle,
je ne discute pas de ça,
mais il n'y a pas d'animaux.
Donc, ça n'est pas une forêt.
C'est pas une forêt primaire,
en tout cas.
Parce que la forêt primaire,
elle comprend la faune et la flore.
Pourquoi il n'y a pas d'animaux ?
Parce que là,
ils ont été tués par la chasse
depuis tellement longtemps
qu'on ne se souvient même pas
qu'il y avait des grands animaux là-dedans.
C'est très important de considérer
que c'est à la fois des plantes
et des animaux.
Vous savez, il n'y a pas besoin
d'être spécialiste
pour faire la différence
entre une forêt primaire
et une forêt secondaire.
Ça se voit immédiatement,
au premier coup d'œil.
Des étudiants de mon université
m'ont confié cette comparaison
il y a quelques années.
je la trouve assez drôle,
surtout dans un pays
où la bouffe a de l'importance,
comme chez nous.
La forêt primaire
est à la forêt secondaire
ce qu'un grand champagne millésimé
servit frappé
dans une haute coupe de cristal
est à un coquatiette
dans un gobelet en carton.
Ça me paraît facile à comprendre.
Assez dur.
Mais attendez,
il y a bien pire encore.
J'ai trouvé aux Etats-Unis
un forestier
qui s'appelle James Balog.
Qu'est-ce qu'il dit, Balog ?
La forêt primaire
est à la forêt secondaire
ce que le canyon du Colorado
est à un égout.
Non, mais vous savez,
c'est important.
On est d'accord ou pas
avec cet homme-là,
mais ce qu'il dit
est fondé
sur son expérience personnelle.
Alors on peut aimer
les forêts qui nous entourent.
Je sais qu'autour de Lyon,
il y en a d'assez belles,
mais ce sont des forêts secondaires.
Voilà.
Et nous n'avons plus
de forêts primaires
dans ces régions.
Ce n'est pas supportable,
à mon avis.
Il y a quelque chose
de très curieux.
Je voudrais vous dire un mot
d'un phénomène
qu'on commence tout juste
à identifier
et qui s'appelle
le sentiment océanique.
Ça n'a rien à voir
avec l'océan.
Ce n'est pas en mer
que ça se produit.
Océanique veut dire
gigantesque, voilà.
Le sentiment océanique,
c'est possible
qu'il y en ait parmi vous
qui l'aient déjà éprouvé.
Il faut être seul,
calme,
à un moment agréable,
et il faut être en forêt.
Primaire ou secondaire,
d'ailleurs,
peu importe.
apparemment,
il suffit
qu'il y ait des arbres.
Et tout d'un coup,
vous avez l'impression...
C'est brutal.
Vous avez un espèce
de basculement.
Le paysage devient
beaucoup plus proche de vous,
beaucoup plus lumineux,
beaucoup plus coloré.
Et surtout,
il n'y a plus de limite
entre vous-même
et le reste
de ce qui vous entoure.
Vous n'êtes plus
un individu isolé.
Vous appartenez
à ce système.
Ça inspire
un très grand bonheur.
Tous ceux qui l'ont décrit,
parce que j'en ai trouvé
tout de même
quelques descriptions
de ces choses-là,
un très grand bonheur
qui va durer
toute votre vie.
Et puis ça s'arrête
brutalement aussi.
C'est dommage.
On se dirait
« Tiens, c'était bien.
On se dirait
j'aimerais mieux
que ça dure,
mais ça disparaît. »
Le sentiment océanique,
c'est quelque chose
de très curieux.
Je ne sais pas
quel est le corps de métier
qui devrait étudier ça.
Peut-être des psychanalystes,
des psychiatres,
je ne sais pas.
En tout cas,
en cherchant
dans la littérature,
j'ai trouvé
des textes magnifiques.
Georges Sand,
Jack London,
Albert Camus.
enfin,
il y en a
une demi-douzaine.
Voilà.
Bon,
je ne sais pas
si ça vous inspire
quelque chose,
mais en tout cas,
c'est une propriété
de la forêt.
Propriété inoubliable.
Alors,
notre projet,
c'est de faire renaître
une forêt primaire
qui aura
70 000 hectares.
Évidemment,
ceux qui ont l'habitude
des projets écologiques
me disent
70 000 hectares,
mais tu es fou,
c'est complètement gigantesque.
C'est vrai
que c'est beaucoup plus grand
que ce qu'on voit
jusqu'à présent
en matière
de projets écologiques.
C'est vrai.
Mais ce n'est pas
si grand que ça.
Attendez.
70 000 hectares,
c'est un carré
de 26 km de côté.
26 km de côté,
pas vraiment énorme.
Moi,
j'ai des références
méditerranéennes
parce que j'habite
au bord de la Méditerranée.
Eh bien,
c'est l'île de Minorque
dans l'archipel des Baléars.
Majorque,
c'est grand.
Mais Minorque,
c'est tout petit.
C'est un point
sur la carte
de la Méditerranée.
Eh bien,
Minorque,
c'est 70 000 hectares.
Pourquoi cette surface ?
Ça nous est imposé
par la faune,
par les grands animaux.
Si vous voulez avoir
un équilibre
entre les proies
et les prédateurs,
si vous voulez
qu'il n'y ait pas
de pullulements
de cervidés
qui viennent manger
les jeunes plants,
si vous voulez
qu'il n'y ait pas
de pullulements
de loups
qui puissent devenir
dangereux
pour les gens
du voisinage,
il faut 70 000 hectares.
Ça permet d'avoir
deux meutes de loups,
ce qui permet
qu'il n'y ait pas
de génétique
trop proche.
Et si on veut
avoir les grands animaux,
vous savez qu'on avait
des grands animaux
en Europe
avant l'arrivée
de l'être humain.
On avait des bisons,
des bisons d'Europe,
magnifiques,
aussi beaux
que ceux des États-Unis.
Voilà.
Si vous voulez avoir
tous ces grands animaux-là,
et c'est bien
notre objectif,
il faut avoir
70 000 hectares.
Et je prétends,
moi,
que c'est un minimum.
Ça serait mieux
d'en avoir plus.
La durée,
je suis désolé,
ça va vous embêter,
ça aussi,
entre 6 et 8 siècles.
Alors,
c'est un projet
sur le long terme.
Mais ça aussi,
c'est pas un choix.
C'est pas moi
qui décide ça.
Il faut comprendre
que dans nos régions,
c'est très différent
des régions tropicales,
dans nos régions,
les arbres,
ils poussent
4 mois par an.
Mars,
avril,
mai,
juin.
Là,
ils poussent.
En ce moment,
ils poussent.
Alors,
le reste du temps,
je veux pas dire
qu'ils se portent mal,
ils continuent à fonctionner,
mais ils ne poussent plus.
Ils ne poussent
que 4 mois par an.
Ce qui fait que
la croissance
des arbres
de nos latitudes,
ici,
je crois qu'on est
à 45 degrés,
quelque chose comme ça,
les arbres d'ici,
ils poussent lentement.
Et si on est plus
au nord,
l'hiver est plus long,
la période de croissance
sera encore plus réduite.
Ça explique
la durée du projet.
Alors,
il faut savoir
que
quelle que soit
la forêt
dans laquelle
on va s'installer,
elle va disparaître.
Parce que
les arbres vont vieillir,
ils vont
mourir,
et avant
qu'ils ne meurent,
ils sont remplacés.
Bon,
j'ai oublié de dire
au départ,
c'est ce qu'on appelle
des arbres pionniers.
Les pionniers,
ils vont vieillir
et mourir
et avant
qu'ils ne disparaissent,
il y a les postes
pionniers qui s'installent
à leur ombre
et on va avoir
une forêt
de postes pionniers.
Ça,
ça vit un peu plus longtemps.
C'est
des frênes,
des tilleuls,
etc.
Ça vit un peu plus longtemps.
Il va falloir compter
plusieurs siècles
pour qu'eux aussi
poussent,
grandissent,
vieillissent
et meurent.
Et
avant
la fin
de cette forêt
de postes pionniers,
va s'installer
la forêt primaire
définitive.
Encore faudra-t-il
lui laisser le temps
de devenir
une véritable forêt ?
Bon,
c'est pour ça
que c'est long.
Nos ancêtres
ont eu la chance
en arrivant
en Europe
de voir ce continent
couvert
de forêts primaires.
Ils avaient besoin
de bois,
ils avaient besoin
de terre
pour l'agriculture,
donc je comprends
très bien
qu'ils aient
défriché.
L'ennui,
c'est qu'ils ont défriché
de façon sélective.
Ils ont détruit
les forêts
sur sol plat.
Voilà,
parce que c'est plus facile
d'abattre les arbres
et de les sortir
et puis,
vous êtes sûr
d'avoir là
des sols
parfaits
pour l'agriculture.
Sous la forêt,
vous avez les meilleurs
sols qu'on puisse imaginer.
Encore une fois,
c'est l'optimum écologique.
Donc,
ce qui nous manque
maintenant,
c'est des forêts primaires
sur sol plat.
C'était le grand mérite
de Bieloviegea
en Pologne,
c'est que c'est pas du tout
en relief,
c'est parfaitement plat.
Vous voyez très,
très loin.
Donc,
c'est ça
qu'on essaye
de faire renaître.
On a des adversaires,
forcément.
Si vous voulez pas
avoir d'adversaires,
faut rien faire du tout.
Les adversaires,
eh bien,
il y a la filière bois,
c'est-à-dire les coupeurs
de bois,
oui,
les exploitants forestiers.
Mais je crois
qu'avec eux,
ça va s'arranger
parce qu'ils ont compris
l'intérêt de cette démarche.
Puis après tout,
70 000 hectares,
ça va pas les priver
énormément.
Et puis,
d'autre part,
il y a déjà eu
des précédents.
Il y a eu des créations
de parcs nationaux
qui privaient
les coupeurs de bois
de leurs revenus
habituels.
et on sait
comment les dédommager.
Donc,
bon,
c'est vraiment
des adversaires,
mais je pense
que ça va s'arranger.
J'ai fait une visite
au PDG
de l'ONF,
au fil national
des forêts.
C'était assez drôle
parce que
ce monsieur,
il était assez gêné.
Il m'a dit,
il m'a dit,
vous comprenez
que je ne puisse pas
vous aider.
Ce n'est pas notre fonction
en tant qu'ONF.
Mais il m'a dit,
si ça marche,
je ne veux pas rester
en dehors.
Intéressant.
Parce qu'ils ont
des tas de problèmes
à l'ONF.
Je ne sais pas
si vous suivez
cette actualité-là,
mais ils ont vraiment
besoin d'un changement
de paradigme.
Alors,
dans nos autres
adversaires,
les chasseurs,
bien sûr,
dans ces 70 000 hectares,
il ne faudra pas chasser
parce que
ça ne sera pas clôturé.
Donc,
il va arriver
plein d'animaux.
Les loups,
à mon avis,
ils y sont déjà.
Quel que soit
l'endroit
où on va finalement
s'installer,
les loups,
ils y sont.
Les lynx,
ça va être un peu plus long.
Mais il y a beaucoup
d'animaux qui vont arriver
par leurs propres moyens.
pas les bisons.
Vous n'imaginez pas
un bison qui arriverait
par l'autoroute
jusqu'au site en question.
Alors,
les bisons,
ce n'est pas un problème
parce que nous avons
en France
des fermes à bisons,
des élevages de bisons,
notamment dans le massif central.
Donc,
le jour où on a besoin
de bisons d'Europe,
ce n'est pas très compliqué.
Il suffit de les acheter.
et il faudra les introduire.
D'ailleurs,
dans la forêt polonaise
dont je vous parle,
les bisons,
qui sont magnifiques
et qui sont là
tout à fait chez eux,
ils ont été introduits.
On n'a pas pu attendre
que le bison
vienne par ses propres moyens.
Ce n'est pas réaliste.
Il y a aussi
dans nos adversaires
les partisans de la vitesse.
Attention,
ça, c'est très, très dangereux.
Ça ne vous aura pas échappé
que notre vie
dans un pays
comme la France,
comme dans l'Europe
en général,
c'est devenue
une vie fébrile
et trépidante.
Il faut que tout aille vite.
On ne nous a pas expliqué
pourquoi il fallait
toujours aller plus vite.
Mais si vous prenez
l'informatique,
la 5G,
les transports,
les sports même,
on a l'impression
que de gagner
une seconde
ou même
une fraction de seconde,
c'est une victoire absolue.
moi, ça me fait marrer
et je ne suis pas du tout
d'accord parce que
je fais partie des gens
qui pensent que
si vous voulez faire
des choses
très belles
et très durables,
il faut y consacrer
le temps long.
Le projet
que je vous présente
aujourd'hui,
c'est un projet
de temps long,
vous aurez compris,
entre 6 et 8 siècles.
Alors, il y a un aspect
philosophique
dans ce projet,
mais ça fait partie
des choses
qui m'intéressent beaucoup.
Je prétends
que l'être humain
n'a pas encore
trouvé sa place
dans la nature
et c'est un des objectifs
de remettre l'homme
à sa vraie place.
Je ne suis pas
un misanthrope,
moi, j'aime bien
l'être humain,
mais je suis absolument
contre ce qu'on appelle
l'anthropocentrisme,
c'est-à-dire l'être humain
qui passe son temps
à se regarder le nombril
et à se considérer
comme responsable
et chef de l'univers.
Il y a des phrases
admirables dans les essais
de Montaigne là-dessus.
Ça avait déjà choqué
Montaigne, ça.
Il dit qu'on est
une pauvre créature
à la merci
de n'importe quelle maladie
qui arrive comme ça,
mais ça ne nous empêche pas
de nous considérer
unilatéralement
comme responsables
de l'univers.
Alors, concernant les forêts,
c'est particulièrement typique
les forestiers professionnels.
Je ne veux pas en dire du mal,
mais ils sont élevés comme ça.
Les forestiers professionnels,
ils sont persuadés
qu'ils connaissent la forêt
mieux qu'elle-même,
qu'ils doivent corriger
ses défauts
et améliorer ses performances.
Excusez-moi,
ça me fait rigoler.
Je ne peux pas être d'accord
avec ça parce que...
Il y a beaucoup de raisons,
mais quand on voit
dans quel état
est notre forêt mondiale
depuis qu'elle est entre les mains
de forestiers
de tous les pays,
le résultat est franchement mauvais.
En plus,
il faut savoir
que sur notre planète,
il y a des forêts
depuis le dévonien.
dévonien,
340 à 350 millions d'années.
Comment faisaient
ces pauvres forêts
pour vivre sans nous ?
Dans les écoles forestières,
j'ai eu la curiosité
de mettre mon nez
dans les programmes,
dans une école forestière
très bonne
comme celle de Nancy,
il y a aussi l'équivalent
en Allemagne,
je ne me rappelle plus son nom,
on vous enseigne
qu'une forêt
que vous n'exploitez pas,
elle va s'étouffer
et mourir.
Je me demande
comment on faisait
les forêts du dévonien
pour vivre sans nous.
Non, il faut admettre
que l'être humain
n'a pas encore trouvé
sa place dans la nature.
Tout ce que nous savons faire,
c'est de la détruire.
Ça, on le fait très, très bien.
On essaye de compenser
par des plantations.
Bon, c'est mieux que rien.
Mais une plantation,
ce n'est pas une forêt.
C'est très différent.
C'est presque l'inverse.
On discutera de ça
si vous voulez.
Alors, un mot du budget.
Parce qu'évidemment,
un projet sur une durée
aussi longue,
on peut se demander
combien ça va nous coûter.
Eh bien,
je voudrais d'abord dire
qu'on n'achètera rien.
On ne va pas acheter
les terrains.
Personne dans notre association
n'a envie d'être propriétaire
de 70 000 hectares.
Ça n'a aucun intérêt.
Il va falloir
qu'une décision politique
nous confie,
décision politique nationale
et plutôt internationale
au niveau de l'Union européenne,
nous confie ce terrain
pour le changer
en forêt primaire.
et je suis assez optimiste.
Je sens que ça va se passer bien.
Bon, une fois qu'on aura le terrain,
la libre évolution,
ça vous parle ?
On ne fait rien.
On ne retire.
Si un arbre tombe,
on le laisse pourrir au sol.
Pas question d'introduire
quoi que ce soit.
Pas question de retirer
quoi que ce soit.
Ça ne devrait pas être très coûteux
de ne rien faire.
Sur le plan budgétaire,
c'est assez rassurant.
Bon, mais par contre,
dans la tête
de nos concitoyens,
ne rien faire,
c'est très difficile.
C'est presque le plus difficile.
On me dit,
mais ton projet,
c'est de l'abandon,
c'est de la démission.
Qu'est-ce que vous voulez
que je réponde ?
On ne fera rien.
Voilà.
Il va falloir se faire à cette idée
qu'une forêt gérée,
même une gestion douce,
elle sera beaucoup moins belle
et beaucoup moins riche
qu'une forêt
dans laquelle on ne fait rien.
les plus belles forêts
que j'ai vues dans le monde,
les forêts primaires magnifiques,
on ne faisait rien.
D'ailleurs,
il y a très peu d'êtres humains.
Oui, ils prennent des fruits.
Ils prennent un ou deux poissons
dans la rivière,
mais ça,
ça ne détruit rien.
Alors,
pas de budget,
ça serait exagéré
parce qu'on a une association
maintenant qui tourne bien.
Il n'est pas question
que la zone en question
soit une sorte de sanctuaire
ou de mise sous cloche.
Pas du tout.
Il s'agit que ça serve
de moteur
au développement du territoire.
On va s'installer
dans une région
où les traditions forestières
sont déjà très fortes.
Dans le nord-est de la France,
il y a beaucoup d'endroits comme ça.
Et je sais,
d'après ce que j'ai vu en Pologne,
qu'une forêt primaire,
ça attire des quantités de visiteurs,
des millions de visiteurs
du monde entier.
Donc, ces gens-là,
il va falloir les loger,
les nourrir,
il va falloir des hôtels.
Ça attire aussi
énormément de scientifiques.
Donc, il va falloir construire
des laboratoires
avec un peu de matériel.
Mais il va falloir un budget.
Mais ce n'est pas du tout
ce qui nous préoccupe pour l'instant.
On parle...
C'est un projet
qui a eu beaucoup d'écho
au niveau de l'Union européenne.
On parle d'une université européenne
de l'arbre et de la forêt
qui serait près de notre site.
On s'attend à devoir faire ça.
Eh bien,
les visites.
Les visites sont absolument autorisées
et même favorisées.
Il y a des journaux mal intentionnés
ou mal informés
qui ont dit que ça serait
une sorte de sanctuaire
où l'être humain n'aurait plus sa place.
C'est totalement faux.
Simplement,
il faudra respecter
ce qui entoure le touriste
et notamment,
on ne marchera pas sur le sol.
Si vous marchez sur le sol...
Bon, une personne qui passe,
ça ne fait rien.
Mais si vous avez des sentiers
avec des milliers de touristes
qui passent,
le sol est tassé,
les racines des arbres
sont étouffées
et on sait maintenant
très très bien
que ça peut faire mourir
les arbres
qui sont de part et d'autre
du sentier.
Donc, on ne marchera pas
sur le sol,
on marchera sur des cailles botties
40 cm de haut
et un bon mètre de large
en bois
et donc,
ça ne présente aucun problème
et d'ailleurs,
c'est comme ça
dans beaucoup de parcs nationaux
dans le monde entier.
Il faudra, oui,
respecter
ce qui nous entoure.
Où est-ce qu'on va se mettre ?
Comme c'est un projet
à vocation européenne,
il va falloir
que ça soit transfrontalier.
La France a six voisins,
six pays limitrophes.
Jusqu'à présent,
on a visité les Vosges
et le Palatina allemand
qui est de l'autre côté.
Donc, ça fait une continuité
où on trouve très facilement
nos 70 000 hectares
avec un très bon accueil
de la région Grand Est.
On a visité aussi
la Belgique,
les Ardennes belges
et les Ardennes françaises
qui sont là aussi
en continuité.
Et ça me paraît
des sites excellents,
un peu trop chahutés.
J'aurais préféré
que ça soit plus plat,
mais il ne faut pas rêver.
Il n'y a pas en Europe
de frontières
sur une plaine.
Nos frontières européennes,
c'est toujours
des massifs montagneux
ou des grosses rivières.
C'est comme ça.
C'est l'histoire
qui l'a arrangé comme ça.
Alors, qu'est-ce qu'on fait
en arrivant sur place ?
D'abord, des contacts
avec tous les responsables
qui peuvent donner une opinion.
Les préfets,
les dirigeants de la région,
les responsables
des parcs nationaux
et des réserves intégrales.
Voilà, on discute
avec le plus grand nombre
possible de gens
et on essaye de voir
s'ils ont des objections
ou bien si ça leur plaît.
Je dois dire que,
dans l'ensemble,
ça semble leur plaire.
Il faut dire que
la filière bois
n'est pas en bon état
en France
et le tourisme non plus
dans ces régions
du nord-est.
Du coup, ça les intéresse
parce qu'on s'installe là
sur le long terme.
Vous l'avez compris.
On n'est pas juste de passage.
On va faire un Jeep.
GIP,
Groupement d'intérêts publics,
c'est la première chose à faire,
c'est-à-dire
un groupe de gens
qui se sentent concernés
par le projet
en bien ou en mal
et on va tout mettre
sur la table.
Qu'est-ce qui ne va pas ?
Qu'est-ce qui va gêner qui ?
Il faut trouver des solutions.
Il n'est pas question
de léser qui que ce soit.
On peut toujours trouver
des solutions.
Il faut simplement se réunir
et discuter.
C'est à ça que servent les Jeep.
Groupement d'intérêts publics.
Bon, je crois que je vais arrêter là.
Nous, ce qu'on veut...
D'abord, on n'est pas l'État.
C'est vraiment la société civile
d'où est parti ce projet.
Ce qu'on voudrait,
c'est vraiment laisser
à nos descendants
un patrimoine écologique
qui soit le plus beau possible
pour que nos descendants
aient une idée
de ce qu'était l'Europe
avant d'arriver d'être humain.
Ça ne sera pas énorme,
mais enfin, c'est mieux que rien.
Oui, je l'ai dit au début,
c'est ambitieux,
c'est utopique.
Bien entendu, c'est utopique
puisque personne ne sait
ce que sera le climat
dans cinq siècles
ni même ce que seront
les frontières européennes
dans cette durée-là.
Oui, ça a un caractère utopique.
Mais je vais vous dire
mon avis sur l'utopie.
Quelqu'un qui n'a jamais d'utopie,
il n'ira jamais nulle part.
On a besoin d'utopie.
Ça ne veut pas dire
qu'elles sont toutes bonnes.
Mais si on ne les essaye pas,
on n'avance pas.
On a une association.
Et si jamais ça vous venait
à l'idée de nous aider,
ce qui serait très sympathique,
il faut savoir que nous ne sommes pas
du tout à la recherche d'argent
parce qu'il y a beaucoup
de fondations importantes
qui nous financent.
nous sommes à la recherche
d'adhérents, d'adhésions
parce que le jour où il faudra
s'affronter avec les politiciens,
vous savez, ce qui les intéresse,
ce n'est pas le contenu du projet.
C'est le nombre de personnes
qui sont d'accord.
Pour l'instant, on est à 3 500.
Je trouve que c'est pas mal
pour un projet compliqué
et assez complexe.
Mais 3 500,
pour des politiciens,
ce n'est pas suffisant.
Il faudrait qu'on ait au moins le double.
Donc voilà,
si vous voulez adhérer,
vous êtes les bienvenus.
Il suffit de taper
« forêt primaire »
Attendez,
j'ai l'impression
que j'avais l'adresse quelque part.
Vous tapez « forêt primaire »
en un seul mot
et au singulier
et je pense que ça va sortir.
Oh, là, c'est fou.
Vous pouvez caccepter ça.
Sur cette adresse-là,
vous trouverez l'adresse du site
avec ce qu'il faut faire pour adhérer.
Ça ne vous ruinera pas.
Et pour nous,
c'est essentiel d'avoir beaucoup d'adhérents.
Je suis surpris
par l'engouement
que ça suscite.
Au début, je me dis
que je présente aux Européens
un truc qui n'existe plus
et qu'ils n'ont jamais vu,
forcément,
puisqu'il n'y en a plus,
la forêt primaire.
Et puis ensuite,
je vais rajouter
qu'il va falloir plusieurs siècles.
Je craignais qu'on me dise
« Écoute, occupe-toi de tes plantes
et ce n'est pas la peine
de nous embêter
avec des utopies pareilles. »
Eh bien, il y a eu surtout
dans la jeune génération
un très grand mouvement
d'adhésion.
Peut-être que le Covid
y est pour quelque chose.
On a été privés de futur
pendant longtemps.
Et l'idée d'avoir un projet
sur le long terme,
je crois que ça nous fait du bien.
Voilà, j'ai terminé.
Si jamais il y a des questions,
je vous demande de ne pas hésiter.
Il y a un petit bouquin
qui a été...
Ça vous reviendra pas.
Ça coûte 8 euros.
Ça se trouve dans
toutes les bonnes librairies.
C'est Actes Sud
pour une forêt primaire
en Europe de l'Ouest.
Je ne sais pas.
Ça soulève
des protestations furieuses.
Est-ce que vous avez
des questions ?
Des commentaires ?
Oui, madame, je vous passe.
Oui, bonsoir.
Une question rapide.
C'était juste pour savoir
depuis quand le projet a débuté ?
Et ça, deux ans.
Deux ans.
Et ça, c'est à peu près
en même temps
que le confinement.
Ça n'a rien à voir.
Mais c'est pour vous indiquer
que oui, ça a un petit peu
plus de deux ans.
D'autres questions ?
Moi, peut-être en question
que je pourrais vous poser.
Vous parliez plus ou moins
que vous commencez
à avoir quelques entrées
en termes de soutien politique.
Ça commence à prendre forme
d'après ce que vous disiez
tout à l'heure.
Vous pouvez préciser
un petit peu plus là-dessus
au niveau peut-être
soutien européen ?
Je ne sais pas.
Français ?
Dans les responsables
que nous avons rencontrés,
il y en avait qui étaient contre,
mais il y en avait aussi
beaucoup qui étaient pour.
J'ai rencontré tout récemment
la maire de Strasbourg,
Mme Berséguian.
Elle est complètement d'accord.
Elle savait que nous étions
allés en Belgique.
Elle m'a dit
« Vous êtes allés en Belgique ?
Ça veut dire que vous nous abandonnez ? »
Il y a une idée
complètement farfelue
qui s'impose.
C'est qu'au lieu de choisir
entre les Ardennes et les Vosges,
on s'occupe des deux.
Mais ça devient gigantesque
et ce n'est pas dans nos moyens.
Il y en a qui sont pour.
Mais du coup, par exemple,
les terrains que vous avez
commencé à identifier,
ce seraient des terrains
que l'on vous donnerait ?
Ce sont des terrains de l'État ?
Oui, c'est ce qu'on appelle
les forêts d'Omanial.
On ne nous les donne pas,
mais on nous les affecte
dans un but précis.
Si ça ne se passe pas comme ça,
ça ne pourra pas marcher.
On ne va pas acheter
des dizaines d'hectares comme ça.
Mais je pense que ça va marcher
parce que...
Peut-être que je me trompe,
mais j'ai rencontré
le conseiller écologique de Macron.
Il m'a dit
« Il faut y aller, c'est super. »
Il va présenter ça au président.
Je ne sais pas s'il l'a fait.
Non, je crois que...
Vous savez, on est dans une période
où on manque un peu
de choses totalement nouvelles
sur le long terme.
Je le sens comme ça.
Donc, bon, de toute façon,
même si c'est utopique,
on va commencer.
On va le faire.
Oui, c'est une question toute bête.
Je voulais juste savoir
comment vous aviez délimité
ces 70 000 hectares.
Dans l'ensemble,
ils sont publics,
ils sont libres.
Comment vous avez procédé
pour choisir cet endroit-là
et décider que ça serait là ?
Ça dépend de ce que l'État
va mettre à notre disposition.
C'est ça qui va conditionner
les limites du projet.
Maintenant, ce que je peux vous dire,
c'est que ça ne sera pas clôturé.
Pas question de clôturé.
D'abord parce qu'il faut
que les animaux puissent rentrer
au début,
puisqu'ils seront intéressés
par une forêt
à laquelle on ne touche pas.
et puis à l'avenir,
il faudra laisser les animaux sortir
parce qu'une forêt primaire,
c'est bourré d'animaux
et donc même les chasseurs,
ils risquent d'être gagnants
dans cette affaire.
Alors ce qui va déterminer les limites,
c'est les limites
de ce qu'on va mettre
à notre disposition.
Mais je ne suis pas inquiet.
Oui, oui, oui, oui.
Mais oui.
Madame, si vous allez
dans des forêts d'Omanial,
il y en a qui sont beaucoup plus grandes
que 70 000 hectares.
Non, alors non.
Ce qui se passe,
c'est qu'il y a de l'exploitation forestière
et de la chasse là-dedans.
Donc on revient sur nos adversaires
du début, mais pour ce qui est
de trouver des surfaces
de 70 000 hectares
d'un seul tenant,
eh bien, ça me paraît,
je suis même étonné
de voir à quel point il y en a.
Il est possible aussi...
Pardon ?
On pourrait faire deux,
trois, trois, trois...
Mais c'est l'idée qui est venue
dans le Grand Est.
Et alors on me dit,
s'il y a plusieurs zones,
on va les réunir
par des corridors écologiques.
Ça, c'est un truc
dont je n'ai pas l'expérience,
mais il paraît que ça se fait très bien
et que ça marche très bien.
C'est juste pour que les animaux
puissent se déplacer
d'une parcelle à l'autre.
On ne peut pas aller plus loin
dans le détail
parce que l'endroit
n'est pas encore choisi.
Mais ça ne va pas tarder.
Je suis désolé,
mais on a abandonné
les forêts méditerranéennes.
Dommage, moi,
ça me fait de la peine
puisque j'habite
au bord de la Méditerranée
et qu'il y a des superbes forêts,
mais il y a un problème de feu.
Ça brûle trop facilement.
Comme c'est un projet déjà compliqué,
ce n'est pas la peine
d'en rajouter
avec des risques de feu.
Juste brièvement,
comment concrètement
vous allez procéder
à la mise en place
de cette forêt ?
Je ne vous vois pas.
Je suis là.
Ah oui, bonjour.
Comment concrètement
vous allez mettre en place
cette forêt
et comment la sécuriser
avec le temps ?
Vous avez une idée ?
Et deuxième question,
quelles sont les objections
de ceux qui sont contre le projet ?
Quels arguments ils ont ?
Scientifiques ou non ?
Pour contrecarrer.
Alors, je commence
par la deuxième question.
Eh bien, écoutez,
les coupeurs de bois,
ils ont envie de couper du bois.
Et quand on leur dit
qu'il y a 26 km sur 26 km
dans lesquels
ils ne pourront pas exercer
leur talent,
ça ne leur plaît pas.
C'est ça,
l'argument qu'ils donnent.
Les chasseurs,
c'est pareil.
Ils ont l'habitude
de chasser
et les chasseurs,
ils sont très durs.
L'idée qu'on puisse
les priver de chasse,
même dans une surface
assez limitée,
ça ne leur plaît pas du tout.
Alors, ce qui me rassure,
c'est qu'on me dit
dans beaucoup de pays d'Europe
qu'il y a de moins en moins
de chasseurs.
C'est-à-dire,
les chasseurs,
c'est des gens âgés,
c'est des gens de mon âge.
Ceux-là, ils chassent
parce qu'ils ont toujours chassé.
Mais la jeune génération,
qui est beaucoup plus sensible
à l'écologie,
il laisse tomber.
Donc, voilà.
J'espère que le problème
des chasseurs
se règle
de lui-même.
La première question,
comment on matérialise
les limites ?
Non, on ne les matérialisera pas
puisqu'il n'y a pas de clôture.
Mais il faudra que le préfet
du département
ou le président de la région
dise, voilà,
de tel endroit
à tel endroit,
c'est une future
forêt primaire
et il ne faut plus
y chasser,
il ne faut plus
y couper des arbres,
etc.
Vous avez raison.
C'est vrai,
mais...
Moi, je ne vais pas
les embêter trop longtemps.
mais il va y avoir
plusieurs associations
qui vont se relayer.
On a une association
qui marche très bien
et il y a déjà là-dedans
des gens
dont je peux dire
qu'ils vont prendre
la relève
et ils ne se laisseront pas faire
par les adversaires.
Bon, évidemment,
il faudra que ça marche
comme ça.
On ne peut rien affirmer
sur des durées
aussi longues.
Bonsoir.
Moi, j'avais une question.
Je suis ici,
tout au fond.
Si je comprends bien,
la forêt primaire,
ce serait
une forêt secondaire
qui serait transformée
en forêt primaire.
Oui.
Et donc,
mon interrogation,
en fait,
c'est pourquoi
on n'utilise pas déjà
des parcs naturels régionaux
qui font peut-être
70 000 hectares ou plus
qui sont déjà
un petit peu préservés
et qu'on pourrait utiliser
pour devenir
de futures forêts primaires.
Mais pourquoi pas,
effectivement.
Simplement,
ce n'est pas
l'objectif
d'un parc naturel.
Ils n'ont même pas idée
de ce qu'est
une forêt primaire.
Ce qu'ils veulent,
c'est que
les spectacles
qui plaisent
aux touristes
soient permanents
et continuent
à attirer le touriste.
Les animaux,
les lacs,
les belles choses,
c'est ça
qu'ils veulent préserver.
Mais ils n'ont pas du tout
l'idée
que leur forêt
pourrait laisser
la place
à une forêt
beaucoup plus lourde
et beaucoup plus riche.
c'est en ça
qu'on se distingue.
Et puis alors,
dans un parc national,
il y a des quantités
de pistes,
il y a des panneaux
pédagogiques,
c'est géré.
Voilà.
Or, la gestion,
ça ne fait pas du bien
à la forêt.
On le sait maintenant.
Ça appauvrit la forêt,
ça la simplifie.
gérer,
c'est simplifier.
Voilà.
La forêt primaire,
c'est vraiment
ce qu'il y a
de plus complexe.
Je me fais l'avocate
du diable,
mais vous parliez
tout à l'heure
de tourisme.
Et vous ne redoutez pas
les effets pervers
d'un tourisme de maths,
alors peut-être pas
dans 300 ans,
parce qu'on saura sûrement
comment faire pour visiter
la forêt primaire.
Mais si vous disiez
qu'il n'y aurait pas
de clôture,
mais s'il n'y a que
des hôtels partout
ou des aéroports
pour pouvoir visiter...
Oui, oui, je comprends.
Je comprends très bien.
Écoutez,
je ne peux pas répondre
de façon définitive.
Ce que je peux dire,
c'est que ma visite
à la forêt primaire
de Biélovieja en Pologne,
c'était très impressionnant
parce que les gens
qui habitent autour,
ils sont très fiers
d'avoir leur forêt primaire
mais la seule forêt primaire
d'Europe,
c'est un motif de fierté.
Alors peut-être
qu'il y en a un de temps en temps
qui va couper un arbre.
Ça, c'est possible.
Mais ça ne risque pas
de devenir
une espèce d'épidémie
de choses malfaisantes.
Je ne crois pas.
Je ne crois pas.
Parce que
j'ai oublié de dire ça,
mais c'est une tentative
qui n'existe nulle part
ailleurs au monde.
Nulle part ailleurs au monde.
Ça nous est confirmé
de tous les côtés.
Il y a des gens
qui soignent leur forêt
mais il n'y en a pas
qui essayent de la soigner
jusqu'à ce qu'elle redevienne
primaire.
Maintenant,
il y a pas mal de pays
qui ont encore
des forêts primaires.
Les États-Unis,
c'est typique,
c'est magnifique d'ailleurs.
le Québec,
la Nouvelle-Zélande,
la Tasmanie,
l'Australie
et encore des belles
forêts primaires
simplement parce que
ils sont arrivés
plus récemment
que nous en Europe
et donc
ils ont compris
assez vite
l'importance
de conserver
ces forêts-là
et ils s'en trouvent
très bien
parce qu'ils ont
des touristes
qui viennent voir.
C'est particulièrement
net en Nouvelle-Zélande.
Il y a un aspect politique
dont j'aimerais dire
un mot.
Moi,
je travaille
dans les tropiques.
Je vais voir
un chef de région
et je lui dis
« Chef,
vous avez une superbe
forêt primaire
derrière chez vous.
Gardez-la. »
Mais alors,
le gars,
il me regarde
et me dit
« Mais vous,
vous venez d'Europe,
n'est-ce pas ?
Facile à voir.
Qu'est-ce que vous avez fait
de vos forêts primaires
en Europe ? »
Je suis obligé
de reconnaître
qu'on les a
toutes détruites.
Alors,
le gars,
il me dit
« Laissez-nous faire
chez nous
ce que vous avez fait
chez vous. »
D'ailleurs,
dans les pays tropicaux,
le développement
s'est souvent compris
comme...
Ça commence souvent
par la déforestation
absolue.
La forêt
est considérée
comme un espèce
de symbole
de l'arriération.
Bon,
alors,
du coup,
la discussion
avec un chef
de province
à Sumatra
ou en Thaïlande,
ça ne mène pas
très loin.
Si je pouvais lui dire
« D'accord,
chef,
on a détruit
une forêt primaire
en Europe
et on a réalisé
que c'était
une énorme erreur
et on est en train
d'essayer
d'en remettre
en place,
là,
le langage
serait très différent.
Une question ?
Oui.
Monsieur,
on parle
beaucoup
du Brésil
parce que,
pour l'instant,
on est en train
de couper
beaucoup,
faire brûler.
Mais nous avons
des territoires
juste à côté
et donc,
c'est aussi...
Vous voulez dire
d'autres pays
que le Brésil ?
Non,
les zones françaises
qui sont juste
à côté du Brésil.
Oui.
Et donc,
là aussi,
on pourrait faire
quelque chose
en parallèle
de votre projet.
mais attendez,
le problème
ne se pose pas
dans les régions tropicales
parce que,
comme je l'ai dit,
il y a encore
des beaux massifs
de forêts primaires.
On est très loin
de les avoir tous coupés.
La Guyane française
est un excellent exemple.
Il n'y a presque pas
d'exploitation forestière
en Guyane
sauf à proximité immédiate
de la côte
là où c'est habité.
Mais à l'intérieur,
il n'y a pas
d'exploitation forestière
pour des raisons bizarres.
La flore
est tellement compliquée,
tellement riche
que pour trouver
deux arbres
de la même espèce,
il faut faire
des kilomètres.
Ajoutez à ça
qu'il n'y a pas
de porc en eau profonde.
Donc,
pour charger
les grumes,
les bois,
c'est presque impossible
techniquement.
C'est pour dire
qu'on n'en manque pas
de forêts primaires
dans ces régions-là.
Ce n'est pas là
qu'ils...
Ça serait bien,
évidemment,
de les augmenter,
mais ce n'est pas
la première urgence.
Pour moi,
c'est l'Europe.
Et le fait
qu'on soit dans un pays
très peuplé
avec beaucoup
d'êtres humains
et beaucoup
d'industries
et d'habitations,
c'est précisément
pour ça
qu'on a besoin
de remettre en place
quelque chose
de très parfait
sur le plan écologique.
Voilà,
c'est mon utopie
à moi.
Oui ?
L'écologie dans le capitalisme,
est-ce que ce n'est pas
une impasse ?
Excusez-moi ?
L'écologie dans le système
capitaliste,
est-ce que ce n'est pas
une impasse ?
Ça va être difficile.
Très difficile.
Oui, je suis d'accord.
Moi, je n'ai pas envie...
Je ne me lance pas
dans le changement
de la société,
mais vous avez tout à fait raison.
Oui,
mais au moins,
on pourrait,
sur une petite surface,
faire la preuve
que sans exploitation,
ça peut se passer très bien
et que ça devient magnifique.
C'est ça,
le but de l'opération.
Mon rêve,
je vais vous dire,
c'est que ça se passe bien
et que d'autres pays d'Europe
se disent,
tiens,
mais pourquoi pas nous ?
C'est drôle,
ça a commencé déjà.
Je vais souvent en Espagne
où j'ai beaucoup d'amis.
Ils m'ont dit,
si tu le fais en France,
nous, on le fait en Espagne.
Je leur ai dit,
c'est parfait.
C'est une très,
très bonne initiative.
Est-ce qu'une instance internationale
comme l'UNESCO
pourrait être un,
comment dire,
quelque chose qui appuie ?
Ils appuient beaucoup l'UNESCO.
Ils le font déjà ?
Ah oui,
on est allé le voir.
Ça les intéresse beaucoup,
beaucoup.
Comme vous le savez sans doute,
ils n'ont guère de moyens.
Mais sur le plan moral et philosophique,
ils ont un poids considérable
et ils sont totalement de notre côté.
Aucun problème.
Moi, juste une petite question,
peut-être.
Est-ce que ce qu'on appelle
la forêt landaise,
vous considérez ça
comme une forêt en France ?
Non, ce n'est pas une forêt.
Voilà.
Ça me choque
qu'on appelle ça
la forêt landaise
parce que c'est une plantation.
Un million d'hectares.
On est capable
de planter
un million d'hectares.
Alors je demande
si on ne serait pas capable
de foutre la paix
à 70 000 hectares.
Non, ce n'est pas une forêt,
les landes.
Absolument pas.
En gros,
de votre point de vue,
ça n'a aucun intérêt écologique,
par exemple.
C'est-à-dire,
quand ces pains ont été plantés,
ils avaient une utilisation,
mais ils l'ont perdu
en cours de route.
On n'utilise plus tellement
la résine,
vous voyez ?
Et il s'agissait aussi
de faire des poteaux de mine
avec les troncs.
Bon, il n'y a plus de mine
avec des armatures comme ça.
Donc, voilà.
On fait du bois.
Oui, c'est utilisé comme bois.
C'est tout.
Mais ce n'est pas du très bon bois,
les pains.
Il y a beaucoup mieux.
En tout cas,
ce n'est pas une forêt.
Je n'ai rien contre les plantations.
On aura forcément
toujours besoin de plantations.
Donc, il faut en faire.
Il ne faut pas hésiter à en faire.
Par contre,
ce que je ne tolère pas,
c'est qu'on essaye
de nous faire croire
que ces plantations
sont des forêts.
Parce que c'est complètement
l'inverse.
Oui, parce que quand on compte
en France,
on dit je ne sais plus
combien d'hectares de forêt.
C'est compter dans les forêts,
en fait, quand on parle...
Bien sûr.
C'est pour ça qu'on nous dit
qu'il y a maintenant
beaucoup plus de forêts en France
qu'il y en avait au siècle dernier.
Non, c'est faux.
Il y en a de moins en moins
si on considère les vraies forêts.
Évidemment,
si on fait l'amalgame
avec les plantations,
alors on est en pleine expansion.
Mais c'est...
Non, non, ça,
je ne suis pas du tout d'accord.
J'ai fait une grande tribune
dans le monde, d'ailleurs,
à ce sujet,
il y a un an ou deux.
Ça m'a valu beaucoup de courrier
en bien et en mal,
mais ça, c'est normal.
C'est habituel.
Alors, peut-être...
Madame, madame.
Bonsoir.
Je voulais savoir
si l'état actuel,
quand vous visitez des sites,
l'état actuel du peuplement forestier,
est-ce que ça influe
dans le choix des sites ?
Puisque la diversité biologique
sera aussi liée
à l'état duquel on va partir,
l'état initial de la forêt.
Très intéressant,
la question d'état
des forêts actuelles.
On nous parle, par exemple,
de scolites dans les pêcières,
dans les plantations d'épicéas.
C'est une plantation.
Ce n'est pas une forêt.
Voilà.
Alors,
dans notre projet,
s'il y a une maladie
qui s'installe,
on ne fera rien.
Vous savez,
quand les arbres sont malades,
on a un réflexe terrifiant
qui est d'abattre les malades.
C'est scandaleux.
Quand nous autres,
êtres humains,
nous sommes malades,
on ne tue pas les malades.
On se contente
d'enterrer les morts.
C'est d'accord.
Mais tuer les malades,
je reviens au domaine des arbres,
tuer un arbre malade,
c'est se priver définitivement
de voir apparaître
une variété résistante.
Or, il y en a.
Chaque fois qu'il y a une épidémie
dans les arbres,
je pense aux ormes
avec la graphiose
il y a quelques années,
ça a tué des ormes
dans tout le pays,
mais il reste quelques ormes
qui sont des résistants.
Ceux-là sont extrêmement précieux
parce que c'est eux
qui sont à l'origine
de la future forêt d'ormes
résistante.
Oui, je crois que
c'est intéressant
de regarder de près
l'état des forêts,
mais même s'il n'est pas bon,
c'est généralement
des erreurs humaines au départ.
Et puis,
comme je l'ai expliqué,
ces forêts-là,
elles vont disparaître.
Elles sont remplacées
par une autre forêt
et encore une troisième.
Oui,
encore une petite question.
Vous disiez que
vous ne feriez rien,
que c'était le but du projet
de ne pas intervenir.
Vous allez faire des plantations
au départ
ou à un moment donné ?
Jamais, jamais.
Il faut savoir que
la terre,
elle est inondée
de graines
en permanence,
amenée par le vent,
amenée par les oiseaux
dans leurs excréments.
Il y a tellement
de graines qui arrivent
qu'il est matériellement
impossible
que toutes ces graines
donnent des arbres.
Donc,
il y a une sélection
qui se fait.
Dans ces conditions,
ce n'est pas la peine
de planter quoi que ce soit.
non ?
Je crois que
la libre évolution,
vous pouvez vous renseigner,
il y a une coordination nationale
pour la libre évolution
qui vient de voir le jour.
Une dame qui s'appelle
Valérie Thommé
et qui fait ça
très très bien.
Eh bien non,
non,
les graines ne manquent pas,
il n'y a pas besoin
de planter.
Attendez,
je vous donne un résultat
très récent
qui m'intéresse beaucoup.
Vous voulez planter
un arbre.
Généralement,
on prend un petit arbre
de cette hauteur
et on le met dans le sol.
OK.
Eh bien,
à côté de ça,
vous semez une graine
de la même espèce
dans le sol.
On ne voit rien,
bien sûr.
Sur le plan politique,
ça n'a aucun avenir.
Parce qu'un politicien
qui sèmerait des graines,
on va lui dire
mais tu n'as rien foutu.
Bon,
eh bien revenez
20 ans après,
le semis,
il sera trois fois plus haut
que l'arbre planté.
Tout simplement
parce que pour planter
un petit arbre,
on coupe forcément
ses racines
et on coupe
les parties jeunes
des racines,
c'est-à-dire là
où se mettent
les champignons symbiotes.
Tandis que l'arbre semé,
il a ses symbiotes
dès le début
et il les garde
toute sa vie.
C'est moins spectaculaire
mais c'est beaucoup
plus efficace.
Vous n'allez faire
donc aucune réintroduction
d'animaux sauvages
comme le loup
et si des forêts
aux alentours
réintroduisent le loup,
je ne sais pas
dans quel état
ils sont là-bas,
mais s'il y a
ces espèces-là,
le loup rentrera
librement en somme.
Sans aucun doute,
quel que soit l'endroit
où on va s'installer,
je suis sûr
que le loup
il y a déjà.
On vient d'apprendre
qu'il est en Belgique
maintenant.
Les Belges découvrent ça.
Ça ne fait pas de bruit,
ils alertent personne,
ils marchent la nuit
le long des pistes
et voilà,
ils sont là.
Pas la peine
de les introduire.
Moi, je n'ai rien
contre les loups.
Il ne faut pas
qu'il y en ait trop.
Il faut qu'ils aient
à manger.
Il faut qu'ils régulent
eux-mêmes
la population
de cervidés.
Parce que quand il y a
trop de cervidés
dans une forêt,
tous les jeunes arbres
sont mangés.
Ça, ce n'est pas bien.
Mais s'il y a des loups,
il n'y aura pas trop
de cervidés.
Il n'y a pas besoin
des chasseurs pour ça.
Est-ce que vous avez
une idée
de ce à quoi
ressemblerait
cette forêt primaire
je ne sais pas
dans combien de temps
mais est-ce qu'elle
ressemblerait par exemple
à celle de
Bielowéza ?
Mais tout à fait.
Mais attendez,
une de mes surprises
quand je suis allé
dans cette forêt polonaise,
c'est que je n'étais pas
du tout dépaysé
sur le plan de la flore.
Les arbres,
je les connaissais.
C'est les mêmes
que dans le bassin parisien.
Simplement,
je ne savais pas
que ça pouvait devenir
aussi grand
et aussi gros.
Mais les plantes
sont les mêmes.
Donc à quoi
ça va ressembler ?
J'espère que ça
pourrait ressembler
à Bielowéza,
ce qui serait déjà
un réel succès
parce que c'est
d'une grande beauté.
Évidemment,
il faut s'habituer
à ce qu'il y ait
des arbres
couchés par terre
et qui pourrissent.
C'est le fonctionnement
naturel.
C'est dans une forêt
naturel.
Personne ne va sortir
les troncs.
Alors,
ça peut déranger.
Oui,
il y a des forestiers
qui m'ont dit
des troncs par terre.
C'est un bordel infâme.
Bon,
mais ça,
c'est le résultat
de leur éducation.
Ce n'est pas
un bordel infâme.
C'est la certitude
que vous restituez
au sol
tous les ions minéraux
que l'arbre
a pris tant d'années
à sortir.
Parce que
si on exporte
les troncs,
si on le fait
chaque fois
tous les 30
ou 40 ans,
c'est certain
qu'on appauvrit
le sol.
En plus,
moi,
j'aime beaucoup
les troncs tombés.
Les blobs,
ça vous dit quelque chose ?
Ah ben voilà,
si vous voulez voir
des blobs,
il faut attendre
que le tronc soit pourri.
Vous arrachez
l'écorce
qui vient très facilement
et il y a des blobs
dessous
et c'est un vrai bonheur.
Encore une question ?
Ah oui,
madame.
Juste une question.
Donc en fait,
lorsque la forêt primaire
sera là,
les arbres
vivent beaucoup plus longtemps,
c'est ça ?
Ou est-ce que...
Oui,
ils vivent beaucoup plus longtemps
que dans nos forêts
qui sont exploitées,
c'est normal.
Oui,
parce qu'on les coupe.
Beaucoup plus longtemps
que dans les plantations.
Oui,
ça vit très vieux un arbre,
très très vieux.
D'accord.
On a dû se rendre
à l'évidence
qu'il y a maintenant
des arbres
potentiellement immortels.
Potentiellement,
c'est-à-dire
qu'ils vivront
tant que les conditions
seront bonnes.
Et principalement
dans une forêt primaire ?
Non,
non,
ça n'a rien à voir.
C'est lié à la végétation,
c'est lié à des espèces.
Il y a des espèces
qui sont potentiellement immortelles.
Mais il se trouve
que c'est des espèces forestières.
D'accord.
C'est un peu dérangeant
comme idée,
mais il y a des arbres
qui ne sont pas faits
pour mourir,
qui n'ont pas de programme
de sénescence.
Nous,
nous en avons un.
Bon,
c'est comme ça.
Il y a des arbres
qui n'en ont pas.
43 000 ans,
c'était le record australien.
Et maintenant,
80 000 ans,
c'est le record
des Etats-Unis.
80 000 ans,
c'est pas mal.
Surtout que
les arbres en question
ne sont pas vieux du tout.
Ils sont en pleine jeunesse.
Il faut savoir
qu'au-delà
d'un millier d'années,
un arbre qui vieillit,
ça ne devient pas
un arbre gigantesque.
Ça devient un clone.
c'est-à-dire que
les racines
vont émettre
des jeunes arbres
et donc,
voilà,
ça devient une forêt.
Ça devient une forêt,
mais tout ça
a le même génome
et tout ça
est sorti
d'une graine unique.
Donc,
d'une manière,
ça continue
à être un arbre.
Est-ce qu'on a écouté ?
Qu'une question
vient encore
ou
on s'en arrête là ?
J'aurais aimé
vous passer des photos,
mais comme c'est un projet,
je ne peux pas en passer.
Ça viendra la prochaine fois.
En tout cas,
merci beaucoup
pour cette photo.
Merci.
A propos de la conférence
Une forêt primaire est une forêt ancienne qui n’a jamais été détruite, ni profondément modifiée par les activités humaines pendant au moins… 10 siècles.
La plupart des grands pays situés aux latitudes tempérées – États Unis, Canada, Chili, Russie, Chine, Japon, Afrique du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande – ont su conserver des forêts primaires de plaine tandis qu’en Europe de l’Ouest nos ancêtres les ont détruites, ignorant qu’elles avaient une valeur écologique irremplaçable. En Europe il n’en reste qu’une, celle de Bialowieza en Pologne, qui est menacée dans son existence même, en dépit des rappels à l’ordre de l’Union Européenne." (Source Association Francis Hallé).
Face à ce constat et aux nombreux défis écologiques qui viennent, Francis Hallé a débuté son incroyable projet en 2019 en créant l’association Francis Hallé pour une forêt primaire en Europe de l’Ouest. L’objectif est de trouver une forêt d’au moins 60 000 hectares, dont la situation impliquerait plusieurs pays européens et qui serait écologiquement variée afin de favoriser la diversité biologique. Ce projet hors norme se déroulera sur un temps très long, 7 à 10 siècles au moins, avec un passage de relais d’une génération à la suivante.
L'intervenant : Francis Hallé, botaniste et biologiste
Francis Hallé est spécialiste des arbres et des forêts tropicales. Il est l'auteur de nombreuses publications, dont, chez Actes Sud, Plaidoyer pour l'arbre (2005), Il était une forêt (2013), Plaidoyer pour la forêt tropicale (2014) ou Le Radeau des Cimes (2021).
Pour aller plus loin
Pour une forêt primaire en Europe de l'Ouest : un manifeste
De Francis Hallé, aux éditions Actes Sud
C'est en forêt primaire que se trouvent les sommets de la diversité et de la beauté du vivant, c'est elle dont nous avons besoin, c'est elle dont nous devons favoriser la renaissance.
Les forêts primaires, qui n'ont jamais été modifiées ni exploitées par l'homme, sont des joyaux de la nature, des sommets de biodiversité. Leurs bénéfices sont inestimables. Sous les tropiques, elles subissent un déclin alarmant. En Europe, elles ont quasiment disparu depuis 1850. Pourquoi devrions-nous nous satisfaire de cette situation ? Ce n'est cohérent ni avec notre tradition culturelle ni avec notre exigence de beauté des paysages. C'est pourquoi, à l'initiative du botaniste, l'association Francis Hallé pour la forêt primaire agit pour la création d'un vaste espace (environ 70 000 hectares) dans lequel une forêt, placée en "libre évolution", renouvellera et développera sa faune et sa flore sans aucune intervention humaine, et cela sur une période de plusieurs siècles...
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