La Duchère a un patrimoine
À la Duchère, le renouvellement urbain a su préserver les éléments emblématiques du quartier, qu'ils soient architecturaux, historiques ou paysagers, afin de transmettre son identité tout en l'adaptant aux usages d'aujourd'hui. Une sélection de livres et de lieux pour redécouvrir la Duchère.
Patrimoine du XXe siècle
Un siècle d’architecture contemporaine : Lyon et alentours, plan -guide pour des promenades architecturales, Robert DUSSUD, Maison de l’architecture en Rhône-Alpes, 2004
Guide Rhône-Alpes de l’architecture du XXe siècle, 1914-2003, Bernard MARREY, Picard, 2004
La Duchère : une histoire au futur, Philippe Dufieux, Pierre Gras ; avec le concours d'Alain Marguerit et de Bernard Paris, Lyon, Libel, 2022
Si l’architecture de « barres » est aujourd’hui décriée, il n’en existe pas moins un patrimoine architectural duchérois reconnu : plusieurs bâtiments ont ainsi été labellisés Patrimoine du XXe siècle. Il s’agit d’une distinction du Ministère de la Culture et de la Communication instituée en 1999 et attribuée à des constructions et ensembles urbains majeurs du XXe siècle construits entre 1900 et 1975.
La Tour panoramique
Construite entre 1969 et 1972 selon les plans de François-Régis Cottin, elle était supposée équilibrer les volumes allongés occupant le Plateau.
Sa structure en étoile et ses balcons triangulaires lui ont valu le surnom de « râpe à fromage » !
Cette tour de 60 mètres de haut et de 26 étages, avantageusement placée au sommet de la colline de la Duchère, est classée Immeuble de Grand Hauteur (IGH) et fait l’objet d’un plan de sauvegarde de 3,5 millions d’euros sur 3 ans, lancé en mars 2005.
Détail amusant : au centre de la Tour se trouve toujours la grue qui a permis sa construction.
La résidence Les Erables
Elle a été conçue par l’architecte Jean Dubuisson en 1967, inspiré par la cité radieuse de Le Corbusier. La résidence fait l’objet d’une Opération Programmée d’Amélioration de l’Habitat (OPAH) afin de remettre en état et de valoriser le bâtiment. A noter : le hall 321 est agrémenté de deux reliefs de Jean Amado et le jardin est orné d’une sculpture en acier de Philolaos.
L’église du plateau, Notre Dame du Monde Entier.
Construite face à la tour panoramique en 1968, elle a été pensée par le même architecte, François-Régis Cottin. Nichée dans un écrin de verdure, elle camoufle ses grandes baies vitrées derrière de hauts talus, laissant entrevoir un toit qui évoque une pagode.
Notre-Dame de Balmont
Avec sa flèche de béton penchée à 45° et sa structure à demi enterrée, l’église imaginée par Pierre Genton frappe par sa modernité. Construite entre 1963 et 1965, elle a été désaffectée en 1995 et abrite aujourd’hui Ciné Duchère. Anecdote : ses murs contiennent des pavés offerts par Louis Pradel alors qu’on les retirait des rues de Lyon pour les remplacer par de l’asphalte.
Le château d’eau
François Régis Cottin et Nicolas Esquillan (ingénieur) ont élaboré ce réservoir de 40 mètres de haut et d’une contenance de 2000 m², qui stocke l’eau potable en provenance de Crépieux-Charmy. Il a été mis en service en 1967.
Vestiges d’antan
Au-delà des créations du XXe siècle, subsistent encore à la Duchère quelques traces d’un passé plus lointain, alors que la colline abritait essentiellement des champs et quelques domaines. Malheureusement ce patrimoine a été en grande partie détruit lors de la création de la cité dans les années 60.
Le Château de la Duchère
Notice sur le château de la Duchère, écrite par Paul DE VARAX dans La Revue du lyonnais n°14, 1872
Bâti au 14e siècle, son premier possesseur connu fut Bernard de Varey. Le château a été reconstruit au 18e siècle par François Clapisson, avocat du roi au présidial de Lyon. En 1943, il est vendu par ses propriétaires à une société qui en fit la location (il abrita une colonie de vacances en 1953). Laissé à l’abandon dans les années 60, il est détruit en 1972, contre l’avis de F.-R. Cottin. « Tant de peine pour amasser, et puis mourir et tout laisser… » : telle était l’inscription gravée sur l’une de ses portes.
Aujourd’hui ne restent du château que les vestiges d’un lavoir datant de 1661, « le dernier lavoir de Lyon » d’après René Chevallier, historien et ancien habitant de la Duchère. Cet imposant lavoir de 12 m de long sur 5 m de large était approvisionné en eau par le ruisseau des Gorges. Il a fait l’objet d’une étude de rénovation par l’Association de Sauvegarde des lavoirs des Monts d’Or.
Le fort de Balmont
Les défenses de Lyon : enceintes et fortifications, François DALLEMAGNE, Editions lyonnaises d’art et d’histoire
Construit entre 1844 et 1851, le fort de la Duchère s’intégrait dans la première ceinture fortifiée lyonnaise mise en place au XIXe siècle. De forme classique avec ses cinq bastions en étoile, il rappelle les forts construits par Vauban au siècle précédent. En 1944, il fut la scène de tragiques évènements : 39 résistants furent fusillés par la Gestapo dans le fossé du fort. Une plaque commémorative leur rend hommage. En 1957, le fort est désaffecté. Il est utilisé par l’armée française comme centre de recrutement puis accueille en 1960 des rapatriés d’Algérie, en attendant que les nouveaux logements soient livrés. Le site est cédé par l’armée lors de la création de la cité, ce qui a permis d’en faire un centre sportif. Le fort a donc été détruit mais il reste des morceaux des bastions qui habillaient les remparts. Il est envisagé de les restaurer et de les rendre accessibles.
Le Temple d’Amour
Edifice circulaire d’inspiration antique, il fut construit au 19e siècle pour orner le jardin de l’ancienne propriété des Guironnet, en haut de Balmont. Les promeneurs peuvent aujourd’hui encore s’abriter sous sa voûte de pierre grâce au travail de restauration mené en 1990. Il est régulièrement utilisé pour des concerts et rencontres culturelles.
Un patrimoine vert à valoriser
La Duchère, c’est aussi l’un des quartiers les plus verts de Lyon. Et pour cause : avant la construction de la cité, la colline était essentiellement composée de prés, de vergers et de quelques propriétés installées sur les balmes. Les concepteurs de la cité avaient bien conscience de l’intérêt de ce patrimoine et ont conservé autant d’espaces verts que possible. Grâce aux paysagistes Ingrid et Michel Bourne, on peut se promener dans le bois de Balmont (et y découvrir le Temple d’Amour) et sillonner le vallon qui sépare la Duchère d’Ecully, le parc le plus secret de Lyon.
Un sentier pédestre balisé de 6 km a été mis en place en 2006 afin de valoriser les différents milieux naturels présents à la Duchère. Il est ponctué de 40 panneaux explicatifs qui permettent d’en découvrir la faune et la flore.
Le Parc du Vallon
Coulée verte sur le flanc ouest du quartier, ce parc méconnu s’étend sur 8 hectares entre la Duchère et Ecully. Il est traversé par le ruisseau des Gorges, aujourd’hui canalisé et enterré, qui alimentait autrefois deux étangs et le lavoir du château. Le projet de réaménagement du parc prévoit notamment de le remettre à ciel ouvert. La valorisation du parc du Vallon s’inscrit dans le cadre du projet de rénovation urbaine de la Duchère, dont il est un des enjeux majeurs. En 2006, trois équipes de paysagistes ont été missionnées pour proposer des axes d’aménagement en s’appuyant sur les propositions des habitants. C’est le projet de l’agence « Ilex Paysage et Urbanisme » qui a remporté les suffrages. Le lancement des travaux est prévu mi 2009 pour une livraison en 2011-2012.
Du nouveau à côté de l’ancien
Ville en vue : le journal du projet Lyon La Duchère , Mission Lyon la Duchère, 1996-2005
À la Duchère, le renouvellement urbain s'est aussi appuyé sur la démolition, la restructuration et la reconstruction pour transformer le quartier. Trois des quatre bailleurs sociaux présents dans le quartier ont été concernés par ces démolitions / restructurations : l’Opac du Grand Lyon, qui possède plus de 30 % du parc social à la Duchère, l’Opac du Rhône (25%). La démolition de la barre 210, premier immeuble de la « Barre des 1000 » détruit en 2005, symbolise cette mutation, accompagnée d'une démarche artistique destinée à associer les habitants à cette étape marquante. Parallèlement, certains bâtiments, comme la barre 320 à Balmont ou les barres 420 et 430 à la Sauvegarde, ont été restructurées afin d'améliorer leur qualité d'usage et leur intégration au quartier. Les grands ensembles ont laissés progressivement place à des îlots résidentiels à taille humaine, intégrant logements sociaux, privés et étudiants, espaces verts et constructions à haute qualité environnementale.
Parmi les premières réalisations figurent Les Rives de Champagne, livrées fin 2007, puis la résidence étudiante Georges V et le programme Carré Anaïs, qui illustrent la diversification de l'habitat et le nouveau visage de la Duchère.
Article publié le 28/11/2008 par Gabrielle Bisson, repris et modifié en juillet 2026.
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