Edmond Locard

Né à Saint-Chamond le 13 décembre 1877 et mort à Caluire-et-Cuire le 4 mai 1966. Surnommé le "Sherlock Holmes français", Edmond Locard est mondialement considéré comme l'un des pères de la criminalistique. Professeur de médecine légale, critique d'opéra, écrivain et journaliste, il est le fondateur du tout premier laboratoire de police scientifique à Lyon en 1910.

[Le docteur Edmond Locard] Fonds Georges Vermard. ©Bibliothèque municipale de Lyon

Publié initialement le 1er avril 2017 par Laurent D.

Éléments biographiques

Edmond Locard nait le 13 décembre 1877 à Saint-Chamond (Loire). Son père est ingénieur des mines, féru de sciences naturelles. Sa mère, héritière d’une usine de papeterie, est passionnée de musique et de théâtre.

1891 :  Edmond est scolarisé au collège Saint-Thomas d’Aquin à Oullins, un établissement libre d’enseignement secondaire, régi par des dominicains. Elève brillant il obtient cette année-là quatre prix.

1894 : sur les conseils de son père Edmond entre à la Faculté de Médecine de Lyon. Il entreprend ses études sous la conduite du professeur Léopold Ollier  brillant chirurgien orthopédiste dont il devient l’interne favori.

1900 : décès brutal du Pr Ollier. Privé de son mentor Edmond Locard doit réorienter sa spécialisation. Il choisit la médecine légale, sous la tutelle d’ Alexandre Lacassagne.  Le jeune Locard devient le disciple de cet éminent professeur et pense comme lui que « la médecine (légale) est la plus compréhensive, la moins spécialisée », que “c‘est la société qui fait et prépare les criminels“.

1902 : Locard soutient sa thèse en mars : La Médecine légale sous le Grand Roy. Les sujets abordés sont multiples ; les crimes, les empoisonnements, la prostitution, l’inversion sexuelle, l’avortement, la sorcellerie, l’infanticide, la répression de duels. Dans sa thèse, il s’attache à promouvoir l’importance du rôle du médecin, il doit se donner mission de réhabiliter les gens accusés à tort.

1905 :  Locard obtient sa licence en droit. Il participe activement à la Revue musicale  de Léon Vallas et devient critique musical dans les colonnes du Lyon Républicain.

 

Pour se former il fait de nombreux stages, d’abord au service de l’identité judiciaire à la préfecture de police, à Paris, que dirige Alphonse Bertillon. Comme il parle parfaitement plusieurs langues il se rend aussi à l’étranger. Au VIe Congrès d’Anthropologie criminelle à Turin, il rencontre l’illustre Cesare Lombroso  (qui affirmait qu’on pouvait démasquer un criminel aux traits de son visage).

 

1922 : Edmond Locard intervient comme expert en écriture dans l’affaire du corbeau de Tulle, qui le rend célèbre. Il développe à partir de cette date une nouvelle technique basée sur des mesures relatives de l’écriture, la graphométrie.

1923 : publication du Manuel de technique policière.

1929 : Edmond Locard co-fonde l’Académie Internationale de Criminalistique. Parallèlement, il devient rédacteur en chef, puis directeur, de la Revue Internationale de Criminalistique (jusqu’en 1938).

Le théâtre, tout comme la musique passionnent Locard. Il est aussi un supporter assidu des peintres de l’École lyonnaise  particulièrement florissante dans la première moitié du XX siècle. Il fournit d’innombrables articles à la Revue de la Société lyonnaise des Beaux-Arts. Il faut ajouter à la multiplicité de ses centres d’intérêt, son goût pour la nature, la botanique, la géologie, la paléontologie, et même la philatélie. En 1942 il fait éditer chez Payot son Manuel du philatéliste, ouvrage de référence dans le milieu des collectionneurs.   

1931 : parution des tomes I et II du Traité de criminalistique où sont consignées les innombrables inventions d’Edmond Locard.  L’ouvrage qui comptera sept volumes est traduit dans le monde entier.

1933 :  Edmond Locard fait éditer ses Contes apaches, récits du milieu interlope qu’il se plaisait à côtoyer  “A lire ce livre, on croirait que le plus grand nombre des crimes est commis par des bourgeois. Mettons que les inconséquences bourgeoises sont plus pittoresques et dignes d’être narrées que les turpitudes des malandrins“.

1934 : Edmond Locard propose la création d’un Diplôme d’Études Supérieures de Criminalistique.

Dans les années 1940, il enseigne à l’École Nationale Supérieure de la police à Saint-Cyr-au-Mont-d’or.

1941 :  il succède à Justin Godard et devient le deuxième président des Amis de Guignol.

1943 :  le laboratoire de police technique de Lyon est étatisé.

1949 : Edmond Locard est désigné président de l’Académie du Merle blanc, en référence au restaurant ouvert, quai Pierre Size, par Roger Andrieu. Autour d’Edmond Locard, se réunissent chaque vendredi des personnalités lyonnaises de l’art, de la musique, de la peinture, des écrivains, des juristes, des médecins. Cette académie se réclame, à ses débuts, du titre de la célèbre revue satirique de l’entre-Deux-guerres, rivale du Canard enchaîné, le Merle blanc, dont le fondateur avait été Eugène Merle.

1951 : âgé de 73 ans, Edmond Locard prend sa retraite et quitte le laboratoire de police technique de Lyon. Il ouvre un cabinet privé d’expertises rue Mercière. En quarante et un ans, il intervint dans plus de 10 000 affaires criminelles.

1955 : il crée la revue lyonnaise Androclès dont il devient le rédacteur en chef.

1959 : création du prix Edmond Locard récompensant les auteurs de romans policiers.

Edmond Locard décède le 4 mai 1966.

Anecdotes

À en croire Edmond Locard, pour la résolution d’une enquête, la viabilité des empreintes digitales demeure sans égale. Pour illustrer ce propos, il avait cette anecdote : une affaire de vol de cuillers dans une maison bourgeoise lyonnaise. La bonne est suspectée et des empreintes sont relevées, des empreintes « formées uniquement de lignes parallèles verticales, sans boucles et sans triangles. Ce n’était donc pas une empreinte humaine. Sa petitesse, son dessin marquait avec évidence qu’elle était la trace d’un macaque. » L’animal, de petite taille, avait été dressé par son maître, un marchand forain peu honnête, pour pénétrer dans les villas et subtiliser l’argenterie.

Sur la fin de sa vie, Conan Doyle, créateur de Sherlock Holmes, aurait tenu, malgré son âge, à grimper les étages du laboratoire d’Edmond Locard pour venir le visiter. Ce dernier parlait de lui comme d’un maitre affectionné, car tous deux ont eu la même passion : résoudre les énigmes criminelles en employant toutes les ressources de l’esprit scientifique. Edmond Locard assure que Conan Doyle aurait reconnu Jules-Joseph Bonnot, le célèbre anarchiste français, en voyant une photo anthropométrique, s’exclamant alors « Mais c’est Jules, mon ancien chauffeur ! »

Il existe une autre version de cette histoire: un jour qu’Edmond Locard faisait visiter son musée du crime à l’un des amis d’Arthur Conan Doyle, celui-ci tomba en arrêt devant l’une des photos de la collection, s’écriant : « Mais je connais cet homme. » Il était le chauffeur de Sir Arthur en 1911 !

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